La compil de Noël

Chers auditeurs,

Comme on dit dans les entreprises, toute l’équipe de compilfight est heureuse de vous souhaiter de joyeuses fêtes. Pour l’occasion on vous a concocté une petite compil collective. Saurez-vous reconnaître qui a mis quoi ?
On vous fait de grosses bises de Noël.

Oscar brown junior et Luiz Henrique, Laïa Ladaia : lorsqu’un vieux bluesman américain rencontre un crooner brésilien, ça donne ce genre de prière. Un sourire béat qui se dessine peu à peu sur le visage, on se dit que finalement peut-être qu’on pourrait comprendre quelque chose au sentiment religieux. Si j’habitais au Brésil, j’irais sans doute à la messe de minuit.

Al green – The Letter : Ca fait toujours ca Al green, ca rend les choses sexy, sexuelles même, pas vraiment recommandables. Alors du coup sur une compil de noël ca ressemble à quoi ? Au père noël qui une fois posé les cadeaux vous attend sur le tapis du salon, en porte-jaretelles ? Bref, cette reprise des je-sais-plus-qui c’est toujours pareil ça sonne comme du Al Green, faudra qui se colle à faire mon beau sapin un jour pour voir s’il tient la route.

Poets of Rhythm : Practice what you preach
Bon, je sais pas pour vous, mais pour ma part j’ai un mal fou à écrire rhythm, à coller ce foutu « h » entre le « r » et le « y ». Pour les Poets of… ça n’a pas l’air de poser de problème de l’écrire, et encore moins d’en jouer. C’est l’heure de la leçon de groove, avec la basse qui roule, la batterie plus funky tu meurs, l’orgue qui souligne et ponctue, et la section de cuivres sortie de l’entrepôt de Stax. Bref, un son ricain qui sort de fin 60’-début 70’. Sauf que… sauf que ces poètes du rythme sont allemand (München), et que ce titre date de 1993. Et oui, et ces types sont de grands malades du son, et ils ont survécus à la période acid-jazz en évitant les productions cheesy et boursouflées des groupes d’alors. Le contrat ici est clair : Raw and Funky !

Ouverture de Jesus-Christ superstar
Evidemment d’actualité en cette période de Noël, cette revisitation de l’épisode christique (les sept derniers jours) par Broadway date de 1970. L’opéra rock de Andrew Lloyd Webber (Cats et Phantom of the opera itou, quand même) et Tim Rice (film de Norman Jewison – 73) fit fureur aux States et un peu en Europe tout en défrayant en même temps la chronique. Un Jésus sérieusement new wave–hippie et des disciples plutôt cools, le tout narré du point de vue de Judas. Ca ne plaisait pas à tout le monde…
A noter que l’on trouve dans le casting du film, Ian Gillan (chanteur de Deep purple)

Pete Rock, smooth sailing : le beat ultime. Rien à ajouter.

Mobb Deep, Survival of the fittest : certes, il est très connu ce morceau ; mais il est tellement parfait qu’il mérite d’être réécouté. Une ambiance lugubre et tendue, à vous faire faire mal digérer la dinde. Parce que Noël ou pas, pour certains « there’s a war going on outside no man is safe… »

Letta M’Bulu : What’s wrong with grooving
Ce morceau nous est offert par Manu Boubli, grand collectionneur de pépites en provenance de la « mère » Afrique. Boubli, a fondé le label Comet Records en 1998 qui a produit notamment Tony Allen et Bumcello, mais aussi des compiles indispensables dont ce morceau est tiré. Bon, c’est surtout Letta M’Bulu qui nous intéresse, et donc la dame est une chanteuse de jazz sud-africaine, qui nous pose la question, traduite approximativement, « Quel mal y-t-il à prendre son pied ? ». Et ouais, putain de question. Et chanté comme ça, on n’y voit vraiment aucun, mais alors aucun mal. Voilà, pas la peine de demander pourquoi ce titre fut un classique de la scène acid-jazz, c’est tout simplement 2’50 de pied intégral. Et puis ce pont, quand ça part en latin, et après le calme…

Shirley Bassey – Light my fire : Je sais pas bien dans quelle position cette chanson des Doors arrive dans le classement des chansons les plus reprises. En tout cas pas loin derrière Michèle, yesterday et le violon tzigane de Bobby Lapointe. Là c’est Shirley Bassey qui fait péter les cuivres juste après une guitare qui fait comme si que rien au début. Et puis sa voix… Un peu comme si Jim Morrisson avait joué dans un James Bond, jubilation…

Rachid Taha, Ecoute moi camarade : oui, écoute bien.

??? – Star Wars disco
Voilà une bonne petite curiosité. Je ne sais plus où j’ai chopé ça, je ne sais pas qui a composé et joué ça… Je ne sais pas. J’appellerais cette musique de la patate kitch qui fait bouger la tête. Nos amis inconnus revisitent donc ici tous les grands thèmes de Star Wars et j’aime.

Gang of Four : To hell with poverty
Allons faire un tour chez les grands bretons, à la fin des 70’, quand ils commencèrent à mélanger Punk, Funk et Marxisme ( ?!). En l’occurrence, on part à Leeds et on est avec le Gang of Four. Ca groove, mais avec une bonne parka kaki et des grosses bottes aux pieds quand même. Et la guitare au son tranchant comme le rasoir est leur marque de fabrique. On ne compte plus leurs rejetons de nos jours.

Sex Pistols : Sub-mission
Pour moi, les Sex Pistols, ça a toujours été des pantins, juste bons à vendre les fringues de la boutique de Malcom Mc Laren. En plus, ils ont ouvert la voie à tout un tas de groupes braillards alcooliques qui avaient malheureusement pris la chose vachement au sérieux. Tous ces groupes, zont oublié le fun, alors que ce morceau prouve qu’il y en avait plein dans les Sex Pistols. Malcom leur a lancé « allez, soyez dépravé, faites un truc sur la soumission, on a un tas de vêtements en cuir avec des clous à vendre », bah eux ils en font une histoire de sous-marin dans une mission un brin lubrique. Et puis, la grosse découverte que j’ai faite en ré-écoutant le disque, c’est que c’est super bien produit. Et c’est sauvage, ça sonne comme les Stooges avec un Iggy Pop à l’accent cockney. D’ailleurs, la note de guitare martelée sur tous les temps de l’intro et les aboiements, ça ne vous rappelle pas I wanna be your dog ? Allez, vous pouvez ressortir vos badges « Anarchy in the UK ».

The Mahavishnu orchestra – You know, you know
John et ses potes font vibrer leurs karmas tous bien ensemble et ne cherchent pas l’esbroufe ou la virtuosité (comme on pourrait parfois leur reprocher) et nous donnent cinq bonnes minutes de détente et d’ouverture de shakras (qu’il est toujours bon de réouvrir quand c’est les vacances). Petit quizz : Ce morceau a été samplé, saurez vous retrouver par qui ?

Eugene Mc Daniels : Supermarket blues
Le gars Eugène, il a le blues du supermarché, et, en cette période de noël, on le comprend. Eugène, il a été révélé par Roberta Flack (ouais ouais, killing me softly…) qui l’a poussée chez Atlantic. C’est un enfant du Black Power, une sorte de Gil Scott-Heron dopé au gospel, qui nous livre des textes politiques sur une fusion de jazz, de funk et de folk. Evidemment, ça n’a pas marché du tonnerre. Nixon aurait même voulut faire détruire l’album. Il a quand même du s’en vendre quelques uns, puisque le sieur Madlib, lorsqu’il a revêtu pour la première fois le costume en pilou de Quasimoto, n’a pas hésité à « looper » l’intro de ce supermarket blues. Faut dire qu’il y a tout ce qu’il faut dans cette intro.

The Beatles : Tomorrow never knows
L’album Revolver, malheureusement souvent mésestimé par le public lambda, est pourtant considéré, à juste titre, par les connaisseurs (avec Rubber soul) comme l’album du virage, l’album de la transition entre quatre garçons dans le vent et quatre fabuleux inventeurs de la musique de ce qui restera du XXème siècle… vers Sgt Pepper en quelque sorte. Tomorrow never knows sent déjà bon la clope indienne et l’ouverture de shakra (encore)…

Herman Düne, Slow Century : Il fait froid dehors, tu es bien au chaud dedans. Il est trois heures de l’après-midi, il commence déjà à faire noir. Tu écoutes Herman Düne. Et tu ne sais pas trop si tu dois rire ou pleurer, mais en tous cas c’est parfait. Pour rien au monde tu ne voudrais être ailleurs.

Sufjan Stevens : Amazing Grace : Une vraie, une qui se cache pas, une franche du collier, une véritable chanson de noël entièrement jouée à la mandoline jouet par Sufjan Stevens. 5 Mini albums de chant de noel pour le jeune homme qui arrive sur scène déguisé comme condorman pour le plus beau des moments, douce nuit.

Jean-Michel Pilc trio – So what
Bon, So what, on connaît. Par coeur même. Tout le monde a le swing de Miles dans la tête et est bien content de connaître ce morceau. Sauf que, l’ami Pilc et ses compères, François Mouttin (contrebasse) et Ari Hoenig (batterie), nous livrent ici une espèce de So what jouée sous un mélange détonnant acide-coc-adrénaline-virtuosité complètement décoiffant. On en sort un peu usé par la vie mais avec une impression d’avoir pris, quand même, appelons un chat un chat, une grande claque dans la gueule.

James Brown, it’s magic : James Brown avec un Big Band, et pourtant c’est doux, c’est doux… A garder de côté pour votre prochaine déclaration d’amour. En particulier les « wah wah wah » qui montent…

Bob Dorough : The Magic Number : Tiens celle là on aurait pu se demander longtemps où ils étaient allé la chercher les DeLaSoul, heureusement il a les compils « Sampled ». Vous pouvez essayer un soir de réveillon avec mémé c’est très drole en blind-test. Là la ritournelle est mignone, tellement qu’elle se suffit a elle-même, et que du coup c’est même plus la peine de se casser le fifi a faire des paroles… la seule chanson pop qui nous parle d’algèbre linéaire.