Tags

Related Posts

Share This

UNE COMPILATION D’EMMERDES

compile by effixe

texte by fan’s et effixe

Tom Waits – Heartattack and vine

Je rentre dans le bar et remarque qu’il me manque une chaussure. Il n’est pas 22h, mais j’ai déjà vomi deux fois. Le zinc semble à deux mille kilomètres et je m’y reprends à trois fois pour me jucher sur le tabouret. Ha ben non, j’ai pas vraiment réussi et je suis actuellement en train de doucement tomber sur ma voisine qui semble plus amusée par mon état qu’effarouchée. Elle me rattrape gentiment et me demande d’un air mi-moqueur, mi-aguicheur, la raison de cette cuite. Je lui claque illico une mandale dans la gueule. Une chose que je ne supporte pas : la curiosité.

Shellac – Spoke

Egalité des sexes, mon cul ! Plutôt que de s’essayer à un beau combat à la loyale à grands bourre-pifs dans la tronche, la pétasse appelle à l’aide deux jumeaux de guingois (ou bien penche-je encore ?) qui, tout en me torgnolant l’un après l’autre, se mettent à crier d’obscures logorrhées dans lesquelles un seul mot émerge sporadiquement : « Spock ».

Merde.

Des ingénieurs.

Il n’y a qu’eux pour associer baston de bistrot et série télé ringarde des 70’s. Heureusement, le patron du bar intervient et, après m’avoir reconnu, insiste pour que les deux fans de langage ASCII me mettent une dernière praline en me jetant dehors, rapport à l’ardoise pouvant servir de table de billard que je possède dans son rade. Voila donc pourquoi je n’avais pas voulu y venir plus tôt dans la soirée.

Crime and the city solution – The adversary

Les rues sont moches vues des poubelles. Je ne sais pas si c’est le petit crachin glacial ou la séance de baffes, mais mon esprit s’éclaircit et les souvenirs à moitié suffocants sous la marée de scotch reprennent une bouffée d’air et s’organisent un radeau pour flotter à nouveau sur l’océan de mes regrets. Je re-vomis de tant de lyrisme. Ma cuite n’est en rien le fruit du hasard : je l’ai décidée, planifiée puis exécutée pour une raison précise. Une femme, évidement. Je crie son nom, y associant diverses insultes un peu nulles, mais qui riment. J’ai presque composé un sonnet quand l’envie de pisser me fait me relever. Je réussis à me remettre en marche et me dirige d’un pas sûr, bien qu’elliptique, vers une destination de moi encore inconnue.

Spoonfed Hybrid – A pocketful of dust

L’amour, c’est la merde. Une poignée de poussière. J’erre un long, très long, moment dans des rues toujours plus vides. Lina me remplit la tête autant qu’un vieux morceau de pop oublié, un truc un peu naze qu’on n’ose pas dire aimer encore, un morceau prétentieux comme c’est pas permis, avec de la nappe au synthé et une trompette pourrie que seul un anglais imbu de sa tristesse coucherait sur une galette plutôt que de le ranger au fond d’un tiroir en riant un peu gêné de son mièvre narcissisme. Ca résonne dans le crâne et rebondit des heures. Lina… Pute magnifique. M’abandonner m’a fait enfin t’aimer à ta juste mesure. Je dérive vers Belleville. Le tempo techno d’une teuf résonne devant moi. Ca se passe à la Générale.

Bolz Bolz – Take a walk

Le squat fête sa fin annoncée. A l’entrée Xavman et Greg m’accueillent d’un X que je gobe avec avidité. Je pigne pour une ligne de C, allant jusqu’à me servir de mon largage récent pour amadouer le dealer, petite pétasse de moins de 16 ans lookée tecktonik dont l’existence même justifierait l’obligation de castration chimique pour tous les parents occidentaux. Je consens à bout d’argument à payer trop cher sa mauvaise came et commence à m’agiter tout en pétant sur la vieille électro que balancent les JBL. Tel un derviche magnifique je m’oublie à nouveau au son hypnotique sur lequel mon cœur s’accorde. Boum boum boum. Je ne suis plus que résonances. Boum boum boum…

Simian – Skin

Sa peau mouillée pue la sueur. Je lui lèche les aisselles et tripote ses mamelons. Impossible de bander, mais ça n’empêche pas plein d’autres trucs. Finalement, après quelques minutes de doigts fouineurs et de langue curieuse, force m’est de constater que j’ai l’imagination aussi ramollie que la queue. Un début de honte m’oblige à feindre l’évanouissement. La meuf, après deux – trois tapes sur les joues, se jette hors du lit en fulminant. Elle s’habille en vitesse et se barre en claquant la porte. J’ouvre alors un œil un peu inquiet : je pensais qu’on était chez elle. Le décor ne m’est en aucun cas familier. Je réfléchis vaguement à ce problème tout en m’assoupissant à même le sol, un vieux FHM serré dans les bras en guise d’édredon.

Schneider tm – The light 3000

Un rayon de soleil me caresse le visage. Quelqu’un sifflote un vieux morceau des Smiths dans un autre espace-temps et l’odeur de café vient narguer mes narines. Un œil après l’autre, je reprends contact avec le monde. Ma première pensée cohérente se teinte d’étonnement : je n’ai ABSOLUMENT PAS mal à la tête. C’est en soi une sorte de petit miracle qui me redonne espoir en un possible monde meilleur. Tout aussi surpris, je constate être dans un lit, emmitouflé dans une couette que l‘on croirait faite de plumes d’agneau tant elle est chaude et douce. Une voix merveilleuse de simplicité et de gentillesse me glisse : « Tu préfères du café ou du thé avec tes croissants ? ». Je tourne la tête et découvre la plus belle fille du monde, habillée du peignoir le plus ridicule qu’il m’ait été donné de voir. Je dois être au paradis et c’est monAnge.

The postal service – Such great Heights

Une matinée comme rarement. Impossible de lui faire dire son prénom, mais à part ce détail, je sais tout de monAnge. Son rire est une prière. Mille saints se scarifient chaque seconde à ses pieds. Tous les photons illuminant le monde ont pour source et unique but ses pupilles, qu’elle a claires et vertes. Elle a fait l’amour cette nuit et en ressent une profonde joie. Ce n’était pas avec moi, mais étrangement j’en suis heureux. Cette fille mérite beaucoup mieux. Elle m’a trouvé en rentrant, gisant en lisière de la deuxième chambre, habituellement inoccupée, dont elle avait prêté l’usage à un ami de passage actuellement porté disparu. Elle n’est pas inquiète, mais se demande bien qui pouvait être la meuf qui m’a ramené ici. Surtout que son ami est gay.

Il me semble maintenant très vaguement me rappeler une pilosité qui, même dans les vapeurs de l’alcool, m’était apparue surabondante. Et deux bites aussi. Y’aurait-il eu méprise ?

Michel Legrand – Un homme est mort

J’ai besoin d’une douche. Par chance, je suis encore au chômage ce mois-ci, mais monAnge doit aller travailler. Après mes ablutions, je pars en claquant la porte, comme recommandé, et cherche quelque chose à faire. Je pourrais confectionner un stratagème pour que monAnge tombe éprise de ma pauvre personne. Certes, je ne la mérite pas, mais ça, elle n’en sait rien. Ce n’est pas la première personne que je décevrai, et certainement pas la plus moche. Installé à la terrasse du Folie’s, encadré d’une unité d’élite composée d’un nain, d’un vieux pédé, d’un rebeu obsédé et d’un chauve mythomane, je conspire à mi-voix, un carnet à la main et un demi aux lèvres. Le plan s’élabore quasiment de lui-même. Il implique un accident de vélib’, un enfant turbulent, une corruption d’agent, deux sandwichs thon-mayonnaise et une petite poulie. L’entrée de Lina au moment précis où nous scellons notre action en trinquant d’une douzième bière annihile tout le projet.

Arab Strap – Here we go

Elle s’assoit face à moi. Ma guilde s’éparpille aussitôt, aussi solidaire que dent et gencive sous scorbut. « Il faut qu’on parle » me dit-elle cherchant mes yeux. Elle ne les trouve pas, ils sont dans le décolleté d’à-côté. Je fais mine de chercher mes mots et, aussi rapide que l’éclair, je me lève d’un coup, renversant les demis sur sa robe Agnès b. Rachid n’a même pas eu le temps de gueuler « ta note, connard ! » que je suis déjà dans le métro à hoqueter comme un enfant qui a eu peur. Des larmes apparaissent de nulle part. C’est mes yeux sans doute. Mon nez coule et je bave un peu. Je m’essuie avec mon t-shirt et certaines personnes mettent déjà la main à la poche, pensant à la tournée d’un clochard. J’en profite pour me faire un peu de fraîche tout en continuant de chialer sur ma lâcheté.

Troublemakers – Get misunderstood

Un vieux type à écharpe rouge me prend à partie station Anvers. On dirait Jean-Pierre Léaud en plus moche. Autant dire un monstre. Il me parle de la grève qui a eu lieu aujourd’hui et de l’engagement et de la solidarité et de la corruption des gouvernements et de la révolution qui nous attend, nous n’avons qu’à lui tendre le bras. Le keum me fiche franchement les boules et j’essaye de le taper de 20 ross pour qu’il se barre. Mais non, il insiste et me file le pognon en m’invitant à le suivre à une réunion. Ca pue la partouze de vieux riches, mais y’a peut-être de la thune à se faire. Alors je le suis. Chemin faisant, le type me parle de Bakounine, de Luxembourg et de Bader. Ce n’est pas vraiment cohérent, mais le ton y est. Il cite aussi bien Camus, que Castoriadis, qu’Hergé. Il parle vite et fort, avec de grand geste qui font souvent envoler son écharpe. On finit par arriver devant une église du XVIIe arrondissement.

M83 – Sitting

Merde. Des CRS partout. Ils sont en train d’évacuer des familles sans-papiers et ça sent la lacrymo. Le vieux se met à gueuler. Il s’empare d’une poubelle et la balance sur la ligne de keufs. Du coups, ils se tournent vers nous et, je sais pas pourquoi, c’est moi qu’ils se mettent à courser. Je file comme le vent. Mais vent contraire. Je me retrouve je ne sais pas trop comment au milieu des familles en guerre. Ca fout des pains et ça mord. Je vois une grand-mère armée d’un bébé taper sur un CRS avec une chaise en plastique, un gamin de six ans donner des coup de pieds dans les parties d’un gaillard d’au moins deux mètres, un homme qui s’immole en chantant. C’est un peu la merde. Le mastodonte se relève en se tenant les couilles. Le gamin va se manger un coup de tazer dans la seconde. Une impulsion me jette sur le CRS qui chavire à nouveau. Je prends le gamin sous un bras et fend la foule jusqu’à une impasse où déjà plusieurs personnes s’abritent en pleurant.

Blonde redhead – futurism

Le gamin se met à m’engueuler, me traite de lâche en me donnant des coups de pieds. J’ai du mal à l’empêcher de retourner dans la mêlée. Sa mère apparaît de je ne sais où. Elle me l’arrache des bras, se baisse vers son fils, l’embrasse longuement et le renvoie se battre. Elle me jette un regard un peu dégoûté et part à son tour, un couteau de cuisine à la main. Il est vraiment temps que je prenne ma vie en main. L’impasse est bloquée et les keufs ne vont pas tarder à arriver. J’essaye plusieurs portes d’immeuble, mais elles sont toutes fermées. J’hésite un instant à me planquer sous une voiture. Et puis merde. Je fonce dans le tas.

Console – 14 zero zero

Deux passages à tabac plus tard, je fais le point sur mon existence à l’arrière d’un fourgon de flics, essuyant le sang qui me coule du visage avec un reste de banderole du DAL. Keep on movin’ ! Je ne fais que ça depuis ma naissance. Avancer sans trop réfléchir. Attendre que ça passe. Oublier rapidement. Keep on movin’. Le juge ne réfléchit pas trop non plus. Malgré mon casier vierge, il me met un an avec sursis et 1000 heures de travaux d’intérêt général. Je m’en sors bien, la plupart des autres comparutions immédiates se prennent du ferme suivi de reconduite. Je ne lui parle pas de mes origines polonaises, ça lui donnerait des idées.

Ramsey Lewis – Since you’ve been gone

J’ai envie qu’on me dorlote. Je vais directement chez Lina. Mon visage tuméfié et mon air de cadavre l’empêchent de m’envoyer chier. Je m’écroule dans son lit et dors quinze heures d’affilée. Le réveil est pénible. D’abord parce la douleur est partout, ensuite parce que je sais que c’est la dernière fois que je me réveille dans ce lit et qu’il n’y aura pas de câlin aujourd’hui. Pourtant, Lina sourit. Elle est heureuse de pouvoir enfin me dire qu’être plaquée était la meilleure chose qui lui soit arrivé. Ah, oui. J’avais dit qu’elle m’avait abandonné, mais en fait, comme j’avais couché avec sa sœur et aussi avec Martial, son ami d’enfance, j’avais préféré disparaître quelques temps.

Bref, depuis que je suis parti, elle y voit beaucoup plus clair dans sa vie.

Toshinori kondo et DJ Krush – Toh Sui

Me voilà à nouveau dans la rue, il fait nuit et malgré mes contusions, je me sens plutôt bien.

J’ai finalement fait un truc sympa dans ma vie ! Ce n’est pas rien. Je ne suis peut-être que la moitié d’un loser en fin de compte. Une petite faim me tiraille légèrement l’estomac. J’essaie de me souvenir de ce que j’ai mangé pour la dernière fois. Ca reste vague. Ca mange quoi, une moitié de loser ? Une moitié de bhô-bun ? Un bhô ? Direction le Folie’s. J’ai un plan à fignoler…

Gastr del sol – The seasons reverse

Jour J : une plage (enfin Paris-Plage). C’est déjà juillet, je nous croyais encore en septembre. Le plan est simple, MonAnge est poursuivie par une horde d’enfants que j’ai payé trop cher si l’on considère leur méchanceté naturelle. Ils lui jettent des pétards. Elle fuit sur un vélib’ saboté par un type de la Mairie, sa chute est grandement facilitée lorsqu’elle roule sur le premier sandwich thon-mayo. C’est là que je surgis du fin fond de l’horizon aux manettes d’un hélicoptère de location. Grâce à une poulie de taille moyenne – avec une petite, c’était finalement trop dangereux, je l’hélitreuille haut dans le ciel et l’emmène sur une île de moi seul connue où les travaux d’intérêt généraux n’existent pas et où nous allons passer le reste de notre vie à manger des bananes. A ce stade de l’opération, je ne sais plus pourquoi il fallait un deuxième sandwich thon mayo mais je pense que ça ne devait pas être si essentiel. Et surtout je réalise que c’est déjà juillet et que je n’ai encore rien mangé. Ca mange quoi, un conducteur d’hélicoptère ?