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RED par Mathos Gasoil

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Et hop ! Une sélection bien pesante, bien lourde, avec un texte à l’avenant. Enfin un texte… disons une compilation (respect strict ducahier des charges compilfight) de textes marqués au fer… rouge. En ces temps de commémoration en forme d’enterrement, c’était trop
tentant. Donc un texte interminable, pas drôle (encore que) et sans
grand sens mélodique. Un texte pas très pop en somme. Plutôt une litanie
hardcore.

Pour la musique, pas grand-chose à dire hormis le fait que, si d’Isis à
Alain Peters en passant par Keny Arkana, Nostromo, Vijay Iyer ou Miss
Kittin, il y a somme toute peu de grandes découvertes, d’un autre côté,
y a rien à jeter.

1 – Vijay Iyer & Mike Ladd -The Color of My Circumference I
« L’homme que je rencontre est jeune, grand, beau et fier. La porte du parloir se referme. Dans le couloir, trois gendarmes observent leur chronomètre : j’ai quinze minutes et c’est peu. Mon interlocuteur est retenu depuis 29 jours et son séjour au C.R.A ne peut excéder 32 jours. Le temps presse. Je me hâte. Je pose les bonnes questions, je cible les points d’achoppement, j’élabore une stratégie. L’homme avoue être souffrant et grimace de douleur à chaque spasme qui lui tord les entrailles, mais à aucun moment, il ne se départira de la plus souveraine dignité. Il retient ses larmes en me contant son histoire, aussi banale que désolante. Une malencontreuse fracture au bras, l’échec à l’examen préparé, un état de choc, la perte de repères et son corollaire, la négligence, la péremption du titre de séjour, la rafle, l’arrestation, la rétention. Le quart d’heure fatidique est écoulé. Les geôliers nous font comprendre qu’il est temps de nous retirer. Nous quémandons avec succès cinq minutes supplémentaires, puis sortons et prenons congé.
L’ouverture de la première grille n’est pas immédiate. Dehors, un homme portant une croix et coiffé d’un chapeau coloré déambule de long en large, notions qui n’ont du reste plus de sens en ces lieux. Il psalmodie une litanie dont je ne comprends pas les paroles, mais que je crois reconnaître. Jamais l’expression « ne plus savoir à quel saint se vouer » n’a été aussi vraie. Un autre est accroupi à même le sol, les yeux fixés sur un « je ne sais quoi que je ne saurais dire ». Il est dans ce no man’s land, par delà le bien et le bien et le mal, la vérité et le mensonge. Un troisième, agrippé à la clôture comme un naufragé à un radeau de fortune, me regarde partir vers une liberté que je n’estime plus mériter.
De retour dans le monde, j’entends des bruits de clefs sonner à mes oreilles. Je m’étonne de pousser une porte et de la voir s’ouvrir. Du plomb coule dans mes veines. »
Extrait de Visite au Centre de Rétention administrative de Metz Desvallières
http://www.educationsansfrontieres.org/?article12040

 2 – Keny Arkana – Eh connard
« Madame, Monsieur,
Sur le rapport de Madame l’Assistante sociale polyvalente de secteur chargée de votre quartier, j’ai l’honneur de vous informer que votre fils Bernard, dont la santé mentale avait donné quelques inquiétudes au Proviseur du lycée Marie-Madeleine Dienesch, a fait l’objet, après les examens appropriés, des mesures suivantes :
1)       Il sera placé sous la surveillance d’un conseiller pubertaire et, si ses comportements a-sociaux se prolongeaient, d’un conseiller post-pubertaire.
2)       Il devra passer les jeudis après-midi et les dimanches à la maison des jeunes de votre localité, où l’animateur socio-culturel sera spécialement chargé de l’orienter vers des loisirs propres à canaliser l’excès d’agressivité dont votre fils a fait preuve en crachant dans la figure du conseiller d’éducation de son lycée qui l’avait rappelé à l’ordre.
En cas d’aggravation dans ses comportements ou de persistance déviante, je me verrai amené à placer votre fils Bernard dans un foyer de semi-liberté, ou, dans un cas de particulière gravité, de tiers-de-liberté.
Je vous prie d’agréer etc. »
Lettre du Ministère de l’Economie et de l’Education à Monsieur et Madame Ravenne
Cité par Philippe MEYER, Esprit mai-juin 1972, p. 650

3 – Dupain – L’usina
« Les carrosseries, les ailes, les portières, les capots, sont lisses, brillants, multicolores. Nous, les ouvriers, nous sommes gris, sales, fripés. La couleur, c’est l’objet qui l’a sucée : il n’en reste plus pour nous. Elle resplendit de tous ses feux, la voiture en cours de fabrication. Elle avance doucement, à travers les étapes de son habillage, elle s’enrichit d’accessoires et de chromes, son intérieur se garnit de tissus douillets, toutes les attentions sont pour elle. Elle se moque de nous. Elle nous nargue. Pour elle, pour elle seule, les lumières de la grande chaîne. Nous, une nuit invisible nous enveloppe.
Comment ne pas être pris d’une envie de saccage ? Lequel d’entre nous ne rêve pas, par moments, de se venger de ces sales bagnoles insolentes, si paisibles, si lisses – si lisses !
Parfois, certains craquent et passent à l’acte. Christian me raconte l’histoire d’un gars qui l’a fait ici même, au 85, peu avant mon arrivée — tout le monde s’en souvient encore.
C’était un Noir, un grand costaud, qui parlait difficilement le français, mais un peu quand même. Il vissait un élément de tableau de bord, avec un tournevis. Cinq vis à poser sur chaque voiture. Ce vendredi-là, dans l’après-midi, il devait en être à sa cinq centième vis de la journée. Tout à coup, il se met à hurler et il se précipite sur les ailes des voitures en brandissant son tournevis comme un poignard. Il lacère une bonne dizaine de carrosseries avant qu’une troupe de blouses blanches et bleues accourues en hâte ne parvienne à le maîtriser et à le traîner, haletant et gesticulant, jusqu’à l’infirmerie.
“ Et alors, qu’est-ce qu’il est devenu ?
– On lui a fait une piqûre et une ambulance l’a emmené à l’asile. »
Extrait de L’établi de Robert Linhart
http://entretenir.free.fr/ouvrier/etabli.html

4 – Bertrand Louis – Quartier Latin
« Avec le poids des ans, des compromissions et des rénégations, les acteurs recyclés dans le rosé bonbon social-démocrate, ou reconvertis dans la pitrerie médiatique, ont désormais plutôt tendance à considérer leurs émois de jeunesse avec la tendre commisération d’adultes enfin mûris, adultement vieillis et mûrement rancis.
Version Cohn-Bendit : Nous l’avons tant aimée…
Version Ettore Scola : Nous nous sommes tant aimés…
L’événement réduit à une grosse blessure narcissique.
Et voici la grève générale ramenée à la dimension d’un joyeux monôme étudiant, diluée dans les nappes lourdes de la modernisation inéluctable. On ne veut plus voir dans Mai 68 que les signes précurseurs d’un nouvel individualisme hédoniste. On ne veut en retenir que les effets culturels et moraux.
(…)
Si l’événement dépasse infiniment la conscience tardive de la majorité de ses acteurs, la raison est forcément ailleurs. Et elle est probablement double. Elle tient d’abord à la grève générale : sous les pavés, non pas la plage, mais la grève. On a parlé d’une grève dix fois millionnaire. Dix millions, c’est un chiffre rond. Les enquêtes statistiques a posteriori oscillent entre 6 et 9 millions, soit le double ou le triple de Juin 36. La question n’est pas purement quantitative. La France de 1936 est encore une société fortement rurale. Celle de 1968 est à large majorité urbaine et le salariat y représente déjà 70% au moins de la population active.
Mai 68, c’est la première grève générale de la société salariale qui se propage, au delà des centres traditionnels de production industrielle, aux services, à la communication, à la culture, à toute la sphère de la reproduction sociale. D’où son retentissement. On a voulu voir dans sa symbolique barricadière et ses oriflammes écarlates le signe de la dernière grève du XIXe siècle et l’épilogue de la grande légende prolétarienne. En partie, sans doute, pour moitié peut-être. Mais pour l’autre part et l’autre moitié, c’était aussi l’avant-première grève du XXIe siècle, un soulèvement social généralisé. Les grandes manifestations populaires des 13, 24, 28, 29, 30 mai annoncent à leur manière les immenses cortèges de décembre 1995 jusque dans les sous-préfectures. »
Tiré de Daniel BENSAID, Sous les pavés,la grève – regards sur mai 68 (1998)
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article9496

5 – Babx – Crack Maniac
« Un sachet pour intraveineuse alimentait l’homme en sang. Lequel était en train de se piquer avec une seringue hypodermique. Il était allongé complètement nu, cadavérique, sur un lit d’hôpital à tête relevable.
Il rata une veine de la hanche. Il poignarda son pénis et enfonça le piston.
Ses cheveux lui touchaient les épaules. Ses ongles se recourbaient vers l’intérieur, à mi-chemin de toucher les paumes de ses mains.
La pièce sentait l’urine. Des bestioles flottaient dans un seau rempli de pisse.
Hughes dégagea l’aiguille. Son lit s’affaissait sous le poids d’une demi-douzaine de machines à sous démontées ».
James Ellroy, American tabloïd

6 – Nostromo – Epitomize
« Juste avant le lever du jour, il fallut que je m’enterre pour éviter que l’hyperthermie ait ma peau. Je m’enfonçai aussi loin que possible dans les buissons, ce qui franchement n’était pas très loin. Quand je cherchai un endroit pour creuser mon trou, je repérais quelque chose qui affleurait dans le sable. Je creusais à la main tout autour, jusqu’au moment où je m’aperçus que quelqu’un avait enterré une putain de balle de coton. Et un pack de six Budweisers. Qui faut-il être pour voler une balle de coton ? Ou abandonner de la bière dans le désert ? Je n’avais pas envie d’y réfléchir et me contentai de boire de la bière tiède. Je creusai une nouvelle tombe peu profonde, y disposai un tapis de coton arraché à la balle à l’aide du couteau à cran d’arrêt. Bus une autre bière et m’allongeait en attendant la mort. Ou un rêve. Ou juste le sommeil jusqu’à ce que la nuit tombe. En dépit de la cocaïne. Si je rêvais je ne voulais pas m’en souvenir. »
James CRUMLEY, Les serpents de la frontière

7 – La Caution – Bancs de poissons
(…) Quand aux autres, ceux qui sont directement touchés par la politique répressive de Sarko, pour eux, rien ne change, leurs problèmes ce n’est pas de savoir si y a plus de flics ou pas, de toute façon dans le quartier y en a toujours eu beaucoup, mais le problème c’est qu’il n’y a plus personne pour s’occuper d’eux… Entre la fuite individualiste des nouveaux bourgeois arabes (fuite qui malgré tout nécessite pas mal d’atouts), les promesses « célestes » des barbus, ces jeunes n’ont pas beaucoup le choix, si ce n’est foutre la merde ! Et pour ceux de ma génération qui n’ont pas eu la chance d’avoir des opportunités de s’en sortir les années précédentes, continuer à se défoncer la tête… »
« Par rapport à l’ambiance du quartier, c’est quelque chose d’assez bizarre… par exemple, ce week-end, comme lundi était férié, beaucoup d’anciens du quartier sont venus, donc c’était des sortes de retrouvailles. Mais aussi il faut être honnête en disant qu’on aime bien quand c’est un peu « chaud ». Une bonne ambiance, c’est quand les gamins foutent la merde mais sans emmerder personne. »
Younès Amrani, extrait de Pays de malheur ! Un jeune de cité écrit à un sociologue, Younès Amrani et Stéphane Beaud, La Découverte, 2004

8 – Miss Kittin – 1982 (remix)
 (…) Je suis très déçue, tu n’as pas pu être présent lors de ma première free-party… Depuis le temps que j’embête Franck avec ça, il a finalement cédé à mes « avances » et a accepté de m’embarquer dans un champs-forêt peuplé de chiens maladroits et de gens gentils. J’ai bien aimé me vautrer dans les ronces en revenant d’uriner au milieu des bois, les effets du MDMA sur un type, Pierrot qui mixe, discuter avec plein de gens, caresser les chiens, éviter les bagarres, boire des trucs qu’on sait pas ce que c’est, voir le soleil se lever, faire sauna dans la voiture en plein soleil, me couper les mains avec un opinel en essayant de confectionner un sandwich au paté, écouter Panique Gastrique, rencontrer un punk aveugle, comparer l’habitabilité des camions, voir des drogues que j’avais jamais vu, me faire réveiller par les glapissements de Franck vers midi, voir enfin à quoi ressemble Synthax Error, s’habituer à la bière chaude, fumer des joints comme on fumerait des clopes, mettre un pull à poche ventrale et capuche et constater que c’est vraiment pratique et qu’il me faut le même, danser en faisant corps avec le son… Et encore tellement d’autres choses !! Je voudrais bien voir une deuxième fois comment ça fait… (…)
Lettre à un ami / Première free-party | 02 juillet 2006
Le blog de Tatoumland

9 – Kraftwerk – Tour De France Étape 2
« Le vélo, c’est la lutte des rayons contre les aiguilles, le cercle contre le cercle, la course contre le temps, et le temps dans toutes ses acceptions, la course contre le beau et le mauvais temps, le ciel, le froid, le chaud, le vent qui pousse et celui qui ralentit, le soleil qui assomme ou assèche, la pluie qui rend le monde glissant.
La course contre la montre, la grande boucle, les tours, tours de roue et Tour de France, tour de reins et Tour d’Italie, à tour de rôle et Tour d’Espagne, et, puisque tout est cyclique, tout est cyclisme et donc chacun doit se dire qu’un jour ce sera son tour.
Et puisque le tour c’est aussi le mouvement, c’est une révolution.
Le coureur cycliste est un révolutionnaire. »
JB Pouy, 54 x 13, L’Atalante, 1996

10 – Massive attack & Mos Def – I Against I
« Cinq mois se sont écoulés depuis la Conférence de Zimmerwald où nous, socialistes d’Europe, avons lancé un cri d’indignation et d’appel. Cinq nouveaux mois de guerre ont passé, l’un après l’autre, sur l’humanité, et chacun de ces mois a vu les peuples acharnés à poursuivre leur propre extermination, leur propre ruine au milieu des carnages, supportant sans révolte l’œuvre hideuse d’un militarisme déchaîné qui ne peut plus être maîtrisé par les mains sanglantes des maîtres actuels des nations d’Europe. L’extermination automatique de la fleur des peuples a poursuivi sa voie durant ces longs mois. De nouveaux milliards, par dizaines, extraits de la richesse collective par des emprunts de guerre ont été engloutis, consacrés exclusivement à la destruction de vies humaines et des conquêtes de la civilisation.
Si le cerveau humain travaille encore dans ce cercle infernal, ce n’est plus pour perfectionner et inventer des engins d’extermination. Le problème qui préoccupe actuellement les dirigeants, les savants, les inventeurs de tous les pays, consiste à trouver le moyen d’anéantir des armées entières au moyen de gaz empoisonnés. Mais les porte?parole des classes dirigeantes stupidement obstinées ou ivres de sang, ne cessent de répéter que la guerre doit être menée « jusqu’au bout », jusqu’à la victoire complète, jusqu’à ce que la guerre ait trouvé la solution de toutes les questions qui l’ont provoquée. Cependant, en fait, la solution définitive s’éloigne de plus en plus, les opérations militaires s’étendent sur de nouveaux fronts et sur de nouveaux territoires, et chaque nouveau développement a pour conséquence et pour caractéristique l’enchevêtrement de problèmes nouveaux en même temps qu’il ravive d’anciennes plaies. »
Trotsky, Janvier 1916
http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1916/01/lt19160100.htm

11 – Rien – Stare Mesto
« Le lendemain mardi 21, moi, l’équipe du matin qui commence à travailler à 6 h 30 n’a pas embrayé, les machines sont à l’arrêt, des petits groupes sont rassemblés, certains assis, lisent, ne se dérangent même pas à l’arrivée des cadres et de l’équipe normale à 7 h 30. Quelques rares chefs d’équipe zélés, mais assez timidement d’ailleurs poussent les gars au boulot, ils répondent avec des plaisanteries sans bouger d’une semelle. Les caïds disparaissent dans leurs bureaux, tout le monde paraît vouloir entrer en vacances. Un délégué passe : « tous à 9 h pour l’assemblée générale dans le hall » annonce-t-il. Aujourd’hui, « l’Huma » enfin conseille la grève, les effets ne se font pas attendre.
Dès 8 h 45, les ouvriers des ateliers sont rassemblés dans l’immense hall, mêlés aux cadres, aux techniciens, aux employés de bureau en costume; Les représentants syndicaux prennent place sur la plate-forme d’une remorque. Chacun y va de son petit laïus, la CGT et la CFDT se partagent le plateau, FO ne possédant que quelques rares militants, est absente. C’est un beau spectacle, à ne pas en croire ses yeux ni ses oreilles. Les voilà partis, les tacticiens de la grève tournante, les champions du débrayage le vendredi soir pour que cela soit plus facilement suivi, ont « peur ».
La grève illimitée !
« Tout est permis », affirme le secrétaire du Comité d’Entreprise qui visiblement a lu l’Huma du matin. Dans l’intimité celui-là se défend d’être du parti : opposant de principe, il suit leurs mots d’ordre (de tels hommes sont la caution démocratique au sein de la CGT).
Nous passons au vote… 98 % sont pour la grève, c’est pas possible, des chefs, des techniciens votent pour, sauf un petit groupe tassé auprès d’un piller, les éternels réactionnaires qui ne comprennent rien ou trop dans l’arrivisme. Les autres par opportunisme, prévoyant à tort la chute du gaullisme et se rappelant peut-être les lendemains de la Libération, où justement dans cette entreprise la parti et la CGT tenaient les rênes, crurent préparer, ainsi leur reconversion.
D’autres plus jeunes, subjugués par les événements, sincères, braves types d’ailleurs, qui nous déclarèrent au plus fort de la grève : Les rapports entre cadres et ouvriers même si la grève échoue ne seront plus les mêmes.
De belles réflexions pleines de bons sentiments, mais aujourd’hui beaucoup doivent regretter de tels propos, la peur, la système les a repris.
En vérité, l’organisation de la grève a été bien préparée, certainement au moins depuis plusieurs jours, les syndicats sont de bonnes machines et c’est très visible au niveau des rapports CGT et CFDT. La CFDT dépasse légèrement et surtout verbalement la CGT pour la galerie, minoritaire, elle essaye d’être le fer de lance sur les planches, mais pour le reste elle fait comme les autres. Certainement à l’avenir elle en décevra plus d’un.
Un comité de grève fut nommé, selon la CGT, ils sont catégorique là-dessus, se seront les délégués élus qui la composeront. La CFDT rétorque : «Il faut qu’il soit représentatif des ateliers, dans certains, il n’y a pas de représentants syndicaux . En définitive se sera un composé des deux : les délégués rentrent d’office dans cet organisme, on leur adjoint quelques inorganisés généralement sympathisants comme caution envers les ateliers ou bureaux n’ayant pas de délégués ou possédant des « emmerdeurs ». Ils seront comme de bien entendu minoritaires.
La comité de grève s’occupera des mesures de sécurité dans l’entreprise, le gardiennage sera remplacé par des piquets de grève.
« Pas d’aventures. Attention aux provocateurs ! » tels furent les principaux mots d’ordre. La consécration de l’isolement fut ainsi obtenue, surtout dans le sens du renouveau des idées subversives.
La première mesure prise fut de mettre un drapeau tricolore au-dessus de la porte pour réaffirmer s’en doute leur fidélité à la République, le lendemain un drapeau rouge lui est adjoint afin de faire plaisir à quelques énervés, Ils auraient bien mis un christ si cela avait été nécessaire, pourvu qu’ils tiennent la direction des événements Il faut dans ce cas là savoir faire des sacrifices. »
La grève de mai-juin 68 chez Alsthom en banlieue parisienne racontée par un gréviste
http://increvablesanarchistes.org/articles/1968/68_pol-%20alsthom.htm

12 – Twinkle Brothers – Every Drop Of Blood
« L’explosion du parc automobile est guidée par de puissantes forces qui sapent l’égalité. La politique de transports de la majorité des villes est un cercle vicieux dans lequel la détérioration de la qualité du transport public favorise l’usage du véhicule privé, et vice versa. Il en résulte un véritable carnage. Plus d’un million de personnes – dont les deux tiers de piétons, cyclistes et passagers – meurent chaque année d’accidents de la circulation dans le Tiers Monde. Un chercheur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a informé que « les personnes qui dans leur vie n’ont jamais possédé de voiture courent un grave danger ». Sont particulièrement dangereux les minibus et les petits vans collectifs, qui très souvent circulent sans autorisation et aucune sorte d’entretien. A Lagos [Nigeria], les autobus sont appelés dangos et molue, « cercueils volants » et « morgues ambulantes ». Le rythme de tortue de la circulation dans la majeure partie des villes pauvres ne semble pas réduire sa capacité mortifère. Bien qu’au Caire les voitures et les autobus se traînent à des vitesses moyennes inférieures à 10 kilomètres heure, la capitale égyptienne présente encore des indices de sinistres annuels de huit morts et 60 blessés pour 1 000 automobiles. A Lagos, où un habitant moyen passe le temps incroyable de trois heures [par jour] piégé dans un embouteillage insupportable, les passagers et les conducteurs des autobus perdent souvent les pédales. En fait, il y a tellement de conducteurs qui montent sur les trottoirs ou qui circulent à contresens que le ministère de la Circulation les oblige à subir des tests psychiatriques ou à démontrer qu’ils n’ont pas d’antécédents pénaux. Pendant ce temps, à New Delhi, le journal Hindoustan Times critiquait récemment l’attitude des conducteurs de la classe moyenne qui prenaient rarement la peine de s’arrêter après avoir renversé des mendiants en guenilles ou des enfants pauvres.
L’OMS estime que le coût économique global des morts et des blessés sur la voie publique équivaut « pratiquement au double du montant total des aides au développement reçues des pays riches ». En réalité, l’OMS considère la circulation comme l’un des pires dangers que les habitants pauvres des villes aient à affronter, et prévoit qu’elle sera la principale cause de décès en 2020. Malheureusement, la Chine, où les voitures prennent le pouvoir dans les rues sur les piétons et les cyclistes, sera en tête : rien que durant les cinq premiers mois de 2003, presque un quart de millions de Chinois ont été tués ou victimes de blessures graves dans des accidents de circulation en ville.
Naturellement, la motorisation rampante aggrave l’épouvantable pollution environnementale des villes du Tiers Monde. Des myriades de vieilles voitures, d’autobus délabrés et de camions comptant des dizaines d’années asphyxient les zones urbaines avec leurs gaz de combustion létaux, tandis que les moteurs polluants à deux temps des petites voitures émettent dix fois plus de particules polluantes que les voitures neuves. Selon une étude récente, l’air pollué est l’une des premières causes de mortalité dans les mégapoles à la croissance incontrôlée comme la ville de Mexico (300 jours de brouillard nocif par an), São Paulo, New Delhi et Pékin. Respirer l’air de Bombay équivaut à fumer deux paquets et demi de cigarettes par jour, et le Centre pour la science et l’environnement de New Delhi constate que les villes d’Inde « sont devenues des chambres à gaz mortelles ».
Mike DAVIS, Le pire des mondes possible

13 – Abdel Halim Hafez – Ala Ad El Shou
« Une nuit, voici des mois, en proie à l’ivresse, Hatem fut submergé par un désir impétueux. Il sortit errer dans les rues du centre-ville à dix heures du soir (l’heure de la relève de la garde des appelés de la police, heure bien connue des homosexuels du centre-ville : c’était le moment où ils allaient cueillir leurs amants parmi les soldats). Hatem se mit à inspecter les hommes de troupe qui se préparaient à quitter leur tour de garde. C’est alors qu’il vit Abd Rabo (qui ressemblait beaucoup à Idriss). Il le fit monter dans sa voiture, lui donna de l’argent, le caressa et parvint finalement à le séduire. Après cela Abd Rabo fit des tentatives nombreuses et acharnées pour se délivrer de sa relation avec Hatem. Ce dernier savait par une longue expérience que l’homosexuel actif débutant (le barghal) comme Abd Rabo, était possédé par un énorme sentiment de culpabilité qui se transformait rapidement en amertume et en haine violente contre l’homosexuel passif (la koudiana) qui l’avait séduit, mais il savait aussi que les expériences homosexuelles, à force de les répéter et d’y trouver du plaisir, se transformaient peu à peu en un goût sexuel authentique chez l’homosexuel actif, quelque aversion et volonté de fuite qu’il ait pu éprouver à son égard. C’est ainsi que la relation entre Hatem et Abdou se mit à osciller entre moments de rapprochement et tentatives de rupture. »
Alaa el Aswany, L’Immeuble Yacoubian

14 – Alain Peters – Rest’ là Maloya
« Nous, ceux de la cueillette, nous nous éloignions les uns des autres et à peine échangions-nous quelques mots. Ceux de la mise en tas causaient et riaient. L’équipe de transport du cacao mou arrivait, envahissant la cacaoyère. Le cacao était amené à l’égouttoir pour les trois jours de fermentation. Nous devions danser sur les fèves gluantes, et le suc adhérait à nos pieds. Suc qui résistait aux bains et au savon en pâte. Puis, débarrassé du suc, le cacao séchait au soleil, étendu sur les barcasses. Là encore nous dansions dessus et chantions. Nos pieds étaient étalés, les doigts écartés. Au bout de huit jours, les fèves de cacao étaient noires et sentaient le chocolat. »
Jorge AMADO, Cacao

15 – Arca – Nyodene D
« C’est seulement plusieurs semaines après notre retour à New York qu’Ernest et moi pûmes apprécier toute l’étendue du désastre qui venait de frapper la cause. La situation était amère et sanglante. En divers endroits, dispersés dans tout le pays, il y avait eu des révoltes et des massacres d’esclaves. La liste des martyrs s’accroissait rapidement. D’innombrables exécutions avaient lieu un peu partout. Les montagnes et les contrées désertes regorgeaient de proscrits et de réfugiés traqués sans merci. Nos propres refuges étaient bondés de camarades dont la tête était mise à prix. Grâce aux renseignements fournis par les espions, plusieurs de nos asiles furent envahis par les soldats du Talon de fer.
Un grand nombre de nos amis, découragés et désespérés par le recul de leurs espérances, ripostaient par une tactique terroriste. Il surgissait aussi des organisations de combat qui n’étaient pas affiliées aux nôtres et qui nous donnèrent beaucoup de mal. Ces égarés, tout en prodiguant follement leurs propres vies, faisaient souvent avorter nos plans et retardaient la reconstitution de notre organisation.
Et sur toute cette agitation piétinait le Talon de fer, marchant impassible vers son but, secouant tout le tissu social, émondant les mercenaires, les castes ouvrières et les services secrets dans sa recherche de nos camarades, punissant sans haine et sans pitié, acceptant toutes les représailles et remplissant les vides aussi vite qu’ils se produisaient dans sa ligne de combat »
Jack LONDON, Le talon de fer (1908)

16 – Isis – So Did We
« Faisons l’effort de surmonter l’ennui que secrète naturellement les militants. Ne nous contentons pas de déchiffrer la phraséologie de leurs tracts et de leurs discours. Interrogeons-les sur les raisons qui les ont poussés, eux, personnellement, à militer. Il y n’a pas de question qui puisse embarrasser plus un militant. Au pire ils vont partir dans des baratins interminables sur l’horreur du capitalisme, la misère des enfants du tiers monde, les bombes à fragmentation, la hausse des prix, la répression… Au mieux ils vont expliquer que ayant pris conscience – ils tiennent beaucoup à cette fameuse « prise de conscience » – de la véritable nature du capitalisme ils ont décidé de lutter pour un monde meilleur, pour le socialisme (le vrai pas l’autre). Enthousiasmés par ces perspectives exaltantes ils n’ont pu résister au désir de se jeter sur la manivelle de la ronéo la plus proche. Essayons d’approfondir la question et portons nos regards non plus sur ce qu’ils disent mais sur ce qu’ils vivent.
Il y a une énorme contradiction entre ce qu’ils prétendent désirer et la misère et l’inefficacité de ce qu’ils font. L’effort auquel ils s’astreignent et la dose d’ennui qu’ils sont capables de supporter ne peuvent laisser aucun doute : ces gens là sont d’abord des masochistes. Non seulement au vu de leur activité on ne peut croire qu’ils puissent désirer sincèrement une vie meilleure, mais encore leur masochisme ne manifeste aucune originalité. Si certains pervers mettent en œuvre une imagination qui ignore la pauvreté des règles du vieux monde, ce n’est pas le cas des militants ! Ils acceptent au sein de leur organisation la hiérarchie et les petits chefs dont ils prétendent vouloir débarrasser la société, et l’énergie qu’ils dépensent se moule spontanément dans la forme du travail. Car le militant fait partie de cette sorte de gens à qui 8 ou 9 heures d’abrutissement quotidien ne suffisent pas. »
Extrait de Claude GUILLON, Le militantisme stade suprême de l’aliénation (1972)
http://www.claudeguillon.internetdown.org/article.php3?id_article=202

17 – Max Richter – Vladimir’s Blues
« Staline est trop brutal, et ce défaut, pleinement supportable dans les relations entre nous, communistes, devient intolérable dans la fonction de secrétaire général. C’est pourquoi je propose aux camarades de réfléchir au moyen de déplacer Staline de ce poste et de nommer à sa place un homme qui, sous tous les rapports, se distingue de Staline par une supériorité – c’est-à-dire qu’il soit plus patient, plus loyal, plus poli et plus attentionné envers les camarades, moins capricieux, etc. Cette circonstance peut paraître une bagatelle insignifiante, mais je pense que pour prévenir une scission, et du point de vue des rapports entre Staline et Trotsky que j’ai examinés plus haut, ce n’est pas une bagatelle, à moins que ce ne soit une bagatelle pouvant acquérir une signification décisive. »
Lénine, Testament politique, 4 janvier 1924
http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1923/12/vil19231225.htm