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La compile pour les nuls°°°°


Cover by SoulPortrait

Amis lecteurs, chez compilfight on n’est pas chiens, et on vous donne les 17 recettes de fabrication des meilleures compiles du monde.
1 – Soigner l’échauffement, avec une petite rythmique jazzy qui sollicite l’organisme en douceur ; dessus, la voix de Marlena Shaw, la plus émouvante des chanteuses soul 60s, et ses accès de puissance soulignés par l’orgue, font doucement comprendre à l’auditeur qu’il va se passer un truc.

2 – Raconter des histoires émouvantes. Celle que nous propose Spanky Wilson, dans une chanson soul classique relevée par la prod très moderne de Quantic, c’est l’histoire d’une fille black contrainte à la prostitution par la nécessité et par sa mère, mais elle lui en veut pas à sa mère, et à la nécessité non plus d’ailleurs, et elle affirme avec fierté son nom de pute, « cause Fancy was my name », ça tirerait une larme à n’importe qui.

3 – Piller les maîtres sans vergogne. Quentin Tarantino est de ceux-là, dont les compil sont toujours des modèles d’équilibre et d’originalité. Il ne faut pas hésiter à lui piquer sa meilleure chanson, celle de The Coasters qui reste dans la tête tout la journée, avec ses wap dou wap, celle qu’en bon compilateur il a mis au milieu de la compil, et sur laquelle il a filmé une scène de lap dance d’anthologie dans Death Proof.

4 – Parsemer d’une ou deux anecdotes érudites. Par exemple : « cette version hyper funky de burning spear est jouée par une fanfare de lycée de la fin des années 1970, le Kashmere Stage Band, qui a gagné plein de concours de fanfares, sorti des disques oubliés puis exhumés par les gens décidément indispensables de Stones Throw/nowagain« .

5,6 – L’essentiel : balancer des tueries improbables. La prod incroyable de Shawn Lee, sur la reprise du River Man de NIck Drake, claque tellement que pendant toute la journée vous allez continuer à faire ta-ta – ta-ta en balançant la tête d’avant en arrière. Le morceau suivant se pose là aussi, plutôt dans le genre aérien : Junior Murvin, un rasta jamaîcain qui croit visiblement à la pureté de jah, propose une incroyable complainte sur les voleurs et les policiers qui se ressemblent tellement et la société qui va mal.

7,8 – Mettre des morceaux marrants : Los Zafiros, c’est un groupe cubain qui fait des morceaux à l’ancienne, avec un tout petit peu de second degré (merci Kev pour la découverte). Okie Duke, fourni par Funky16Corners, chante en faisant la poule, et même l’orgue derrière fait la poule, c’est aussi super drôle.

9 – Ne pas lésiner sur les performances vocales. El Riot, la bien nommée, dénichée sur une compil soul incroyable, se pose là : moi j’adore les petit « ouwap » à la fin des envolées du « you gonna do it right ». Au passage, je vous conseille d’écouter les paroles gentiment salaces, qui donnent toute sa saveur à la chanson.

10, 11 : Balancer du Groove ! Sur l’album Africadelic (1972) de Manu Dibango, réédité récemment, on trouve douze pépites d’afro-funk comme celle-là. Et le dernier album des Beastie Boys, d’où est tiré The Cousin of Death, est simplement le meilleur disque de l’année de loin, sur lequel les Boys jouent en instrumental tous ces sons funky qui ont fait leur gloire, mais juste pour le plaisir, même pas pour mettre des lyrics énervées dessus.

12, 13 – Mettre des trucs branchés dont on parle dans technikart et qui sont bien quand même, par exemple une superbe composition de Sébastien Tellier, ou encore un très élégant morceau de Whip, trouvé sur la compilation n°3 du très tendance label Kitsune.

14 – Honorer la mémoire des disparus : JDilla, rest in Peace, a composé pour Stones Throw d’innombrables collages improbables comme ce Mash, dont l’antienne « you gonna dance like you’ve never dance before » résonne comme une inquiétante invitation.

15 – Profiter de la compil pour faire écouter aux gens les textes des chansons : La Rumeur fait partie de ces quelques groupes de raps céfran dont il faut absolument écouter les textes, parfaitement ciselés, et soulignés par des beats minimalistes qui les mettent impeccablement en valeur.

16,17 – Descendre en douceur et en beauté. Len Wade, inconnu trouvé sur une énième compil de soul, offre un chanson belle et mélancolique sur les difficultés de sa vie amoureuse (I’m everybody’s clown), avant que les Cannon Jug Stompers nous livrent ce magnifique blues du Mississipi enregistré en 1928, et qui n’a pas perdu une once de sa douce tristesse.

Allez, au boulot maintenant.

JSB

 

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