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Politiquement incorrect et rythmiquement soporifique°°°°

by ludomatic

C’était genre quelque part en octobre et on m’avait dit le 30 novembre et ça m’avait semblé super vu que j’avais plus d’un mois, un mois pour bouger mon gros cul de tortue arthritique téléphage et faire une compile orientée pendaison qui renverrait la mélancolique « de la lumière en hiver » de Jean Seb à l’état de mariage croate plein de balalaïkas, de putes salves et d’AK-47 un jour de grand soleil et d’armistice, bref on allait se faire chier et les gens me demanderaient comme à leur (sale) habitude « t’as pas un truc plus gai, sinon, ou un truc dansant » et j’aurais encore une fois envie de distribuer des coups de tatane en kevlar comme un lépreux distribue ses doigts à chaque fois qu’il doit dire bonjour, mais voilà, et crois pas que cette phrase soit déjà finie mon pauvre, voilà, on était le 28 ce qui donne en gros le 30 moins 2 et je n’avais rien branlé, pas l’ombre de la queue d’un début de texte, pas une idée de ce que j’allais choisir dans les 48 gigas octets de do dièses et de rythmes ternaires qui emplissaient sans l’alourdir mon élégant Ipode de chez apeul, ce truc génial qui te permet d’emporter toute ta musique et de passer tous tes trajets de métro à regarder ce que tu aurais pu écouter si t’avais réussi à choisir avant d’être arrivé – non, j’abuse, il m’arrive aussi d’écouter des débuts de chanson et puis de zapper au milieu car en fait j’en ai trouvé une mieux que je n’écouterai pas jusqu’au bout non plus.

Bon bref, vous n’êtes pas là pour m’écouter parler et d’abord vous n’êtes même pas vraiment là si tant est que là soit l’endroit où je suis en train d’écrire ce (texte ?) à savoir, un bureau d’une grande multinationale qui sans le savoir me paie pour ça.

1. Au revoir Simone : Fallen snow
« Mais t’as pas un truc un peu dansant, putain t’es déprimant comme mec ! » elle a lancé en me tripotant l’Ipod et je sus immédiatement que je ne pourrais jamais épouser cette fille, déjà parce que je ne voulais pas me marier et puis aussi elle lisait Marc Levy et le Figaro, était relativement laide, n’avait qu’un bras et des dents jaunes, la pilosité d’un ours portugais et mettait des culottes hello kitty  trop lol avec des coeurs. Et puis elle n’aimait pas la musique triste. Alors que moi.

2. Bright eyes : down in a rabbit hole
« Et ben il a pas du en vendre beaucoup, des disques », m’a lancé Jean Claude qui avait décidé de se boucher les oreilles depuis 1976. «  Toutes façons y a plus rien de nouveau, on fait que reprendre les vieux trucs, y a plus de bonne musique, t’as qu’à voir ce qui passe à la radio et à la télé. » J’ai décidé de ne pas perdre de temps à lui expliquer que la musique était ailleurs, non, j’ai juste pris une batte de base-ball et je lui ai éclaté les dents. De toutes façons, la soupe, c’est bon.

3. A place to bury strangers.: the falling sun

« Mais c’est de la musique pour violer les enfants ton truc ! » s’est écrié l’ami belge qui m’accompagnait en voiture. « Ferme un peu ta grande gueule, tu vas nous faire repérer », lui assénai-je, « la cloche va sonner dans 3 minutes, sois prêt. »

4 et 5 : The walkmen (ces deux chansons sont indissociables)(y en a qui ont essayé)(et bah ils ont essayé) : on the water / in the new year
Elle s’approcha péniblement du bac de vieux 45T que j’étais en train d’écumer et s’adressa à moi d’une voix tremblante : « Il en a vu des Daniel Guichard ? », ahana-t-elle. Mon sang ne fit qu’un tour, je pris ce disque de Jean-Pierre François qui me brûlait les doigts, le cassai en petits morceaux et lui enfonçai férocement dans les yeux. Non il n’avait pas vu de Daniel Guichard.

6. Gregor Samsa : young and old

« Rhoo la la t’as que des trucs pas connus, toi, dis donc. » Dieu merci, elle avait dit ça avant que l’on baise. Et en même temps elle aurait eu beaucoup de mal à le dire après. Sans machoire, je veux dire.

7. TV on the radio : wolf like me
« Non on dira ce qu’on voudra, Tokyo Hotel, c’est pas si mal, et puis Brenda, ma fille, s’est mise à l’Allemand du coup et ça lui servira dans la vie », se hasarda Philippe entre son céleri rémoulade et son œuf mimosa. Ce qui lui servirait moins dans la vie à Brenda, par contre, c’est ce papa tétraplégique agrémenté de broches de formica dans les joues qu’elle retrouverait ce soir.

8. Think about life : Bastian and the boar
La route entre Nomeny et Pagny sur Moselle traversait un lieu dit fort apprécié de nombreux canidés. Je mettais alors think about life à fond et m’efforçais d’emplafonner le plus grand nombre des ces saloperies aboyantes. Il m’arrivait de repasser plusieurs fois car j’aimais beaucoup cette chanson. Et puis avec un peu de chance la vieille propriétaire de ces horreurs mettrait bien un pied sur la route.

9. The raveonettes : Uncertain times.

C’était la crise, les gens épargnaient leur maigres revenus pour s’acheter un bout de pain ou récupérer quelques fruits pourris dont un bon quart serait mangeable et je me baladais avec ma grosse voiture, passant par la fnac et ground zéro, me goinfrant de ces nourritures culturelles futiles. Je portais mon embonpoint fièrement, j’avais les oreilles repues. J’attendais juste quelques expulsions de érémistes pour acheter des immeubles à bas prix où entasser mon insolente collection. La vie était belle. Tout du moins pour moi. C’était tout ce qui comptait.

10. the dodos : Horny Hippies.
« Ah ouais, je connais les Dodoz, c’est un groupe de Toulouse, non ? », lança le jeune boutonneux pour avoir l’air un peu cool. « Ah ah ah ah, ce type est vraiment très bon ! », pensai-je alors. Et effectivement, je me rendis compte plus tard qu’avec quelques oignons et des herbes de Provence, il était tout à fait comestible.

11. Deerhunter : strange lights
Le héros s’approcha, son gun luisant pointé vers le méchant psalmodiant des « Oh merde, Rick Hunter, Rick Hunter… » à qui mieux mieux mieux ce qui est une virgule cinq fois plus que à qui mieux mieux. « non, j’ai dit Deerhunter », répliquai-je avant de lui niquer malencontreusement la rotule.

12. the liars : The other side of mr heart attack

Le soleil se couchait à peine, ces deux cons venaient de se marier et l’assistance marchait d’un bon pas vers la salle de réception. Il y avait une douceur propre à ces mois d’août de nos enfance, une douce odeur qui montait d’un terre asséchée depuis plusieurs semaines. Et puis nous étions arrivé à la salle, le didjay était déjà en place, l’ambiance s’annonçait fameuse, Michel Sardou tournait sur les platines et essayait de nous convaincre qu’il y avait trop d’immigrés et pas assez de peine de mort. J’avais pris mon fusil et tué tout le monde.

13.  ratatat : Shiller
La radio braillait et j’avais tout de suite reconnu le coupable : Cali, une sorte d’ersatz de mauvais Damien Saez  dans un corps d’agent de nettoyage du site de Tchernobyl. Je suis un type plutôt bonhomme, voire affable disent certains de mes amis nobles lors des réunions du parti, mais il y a deux choses qui me mettent hors de moi : Damien Saez et Cali. Et aussi les génocides, sauf quand ils sont justifiés comme celui de. Hum. Enfin bref, Mon sang ne fit ni une ni deux parce que le sang ne fait pas ça mais je m’emparai de la vielle radio à piles et l’écrasai dans la gueule de son propriétaire, un clochard édenté puant horriblement. Puis je m’en allai satisfait car ce type avec ses faibles moyens était probablement de gauche.

14. Get the people : Got a lot of love.
« Ne les écoutez pas, ces types sont fous ! » m’assena le vendeur de la Fnac de Beton-Bazoche. Deux bonnes vieilles mandales dans la gueule plus loin, il bougeait son cul pour aller me chercher mon cédé. Je veux bien être sympa avec les vendeurs mais quand on est payé au moins 3 fois le smic roumain, on se bouge un peu le cul pour satisfaire ses sympathiques clients, tout de même.

15. ghastly city sleep : ice creaks
La voisine du dessous m’avait l’air sympathique. Une vieille fille souriante, la cinquantaine affable et puis gentille, surtout, d’une gentillesse à faire annuler un anschluss sur un simple battement de cils. Alors quand elle était venue se plaindre que la musique était trop forte, je l’avais juste éviscérée sans la faire trop souffrir, je ne suis pas un monstre tout de même.

16. Women : Shaking hands

La cuisine était rouge sang et la chaine Hifi lui glissait un titre de Women dans les oreilles, shaking hands, et bien qu’il adorât cette chanson comme Brice Hortefeux vénère les avions, le titre lui sembla soudain complètement con. Il aurait jugé bien plus logique de mettre  Women : making diner, cleaning, washing dishes,  sucking dicks – mais il se demandait si les femmes comprendraient l’humour. Celles qu’il avait violées, en tous cas, ne semblaient pas marantes, marantes, toujours à tirer la gueule et à chouiner. Ah, la Femme !

17. portishead : the rip
Ah. Enfin, un peu de douceur ici. Enfin de la vrai musique avec une vraie chanteuse et une montée de synthé belle comme une Dacia Logan sortant de la concession. Ca calme, non ? Ca apaise ?  Allez tiens, pour fêter ça, je vais aller égorger une personne de petite taille.

En conclusion, il avait prouvé qu’on pouvait tout à fait écouter de la musique mélancolique et douce et être un connard fini. Il en était bien heureux.

Bonus :  Ludomatic, Jaune et JY – Shanghai Mosquito
Il se faisait tard et alcoolisé, il y avait des chinois partout, des instruments et un mac et nous avions trouvé ça joli. Nous ne l’avons plus jamais rejoué. Mais il m’en reste un souvenir très précis, une phrase qui m’était venu à l’esprit alors :  Il y a beaucoup de trop de Chinois ici, dis donc.