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I have a rhube ! by Matt’nawak

I have a rhube !

J’étais un peu de mauvais poil pour plusieurs raisons : d’abord on était fin janvier et donc c’était l’hiver, et cette année là, je trouvais qu’il était vraiment long. Qu’il avait commencé depuis trois bons mois et qu’on en avait pour au moins encore un mois ou deux avant d’arriver à la mi-mars qui verrait les bourgeons s’exciter sur des branches inoffensives et se masturber le pistil contre du bois d’arbre sans défense et plutôt sympa si l’on considère qu’il peut crépiter amicalement dans une cheminée bretonne pendant que le ressac berce nos rêves éveillés de couette et de chocolat chaud, voire de marshmallow si l’on a voté Obama et non Sarkozy. Et ce rhume qui n’en finissait pas m’entrainait dans sa douce torpeur.

1.
Je fais le rêve d’une bonne vieille compil des temps chauds et me laisse envouter par la prière lancinante près de la rivière qui nous fait relativiser toute notion de temps. En effet, cette chanson est interminable et j’adore ça. Elle me laisse le temps de me réveiller et de décider trèèès tranquillement de la suite des événements.

2.
Du coup, pour me remettre gentiment sur pied sans renverser mon chocolat, je fais le rêve du twist ultime et le grand Serge vient me mettre dans le bassin l’ondulation minimum, le beat zéro virgule cinq, le mouvement premier et me permet de me lever de mon rocking chair en ouvrant un oeil.

3.
Debout, mon plaid glisse de mes genoux et je constate qu’il fait un froid à geler des palmes de canard dans un canal pollué. CA CAILLE ! Donc, mouvement compulsif. Je fais le rêve d’attraper dans les airs ma guitare du même nom et me met à singer le camarade Black (le Franck) en essayant de me réchauffer les articulations.

4.
C’est à peine tiède que je profite des deux secondes de blanc avant le petit cri du Bertrand qui me prévient qu’il n’est point temps de flemmarder et qu’il faut remettre cela. Je reprends donc ma guitare et me rebouge la couenne.

5.
C’est le moment idéal pour conquérir le monde et anéantir la racaille capitaliste, en tout cas, tous ceux qui conspirent de trahir la démocratie et l’état, en faisant « wouha wouha wouha » avec ma bouche et en donnant une langueur candide mais coquine à mon bassin mutin. (ok, le remplissage par allitération et assonance, c’est fait…)

6.
Je fais le rêve qu’un jour un président noir pourra prêter serment juste à côté d’un café où on n’aurait pas servi son père peu de temps auparavant. Je fais le rêve que ce président sera pianiste et que tous ses conseillers seront des espèces de hippies talentueux de toutes les couleurs. Mr Herbert Hancock, jurez vous de servir bla bla bla… Ca l’aurait fait aussi non ?

7.
And now, Ladies and Gentlemen, number one, the larch. Un très beau morceau.

8.
Là aussi. Parfois je rêve qu’il s’arrête un peu avant la fin. Si vous faites le même rêve, c’est normal, c’est tout simplement parce que ce morceau est un peu long.

9.
Ah oui, j’aime beaucoup celui-là aussi. Non, je déconne, celui-ci, je fais régulièrement le rêve qu’il serait la bande-son de ma vie et qu’il ne s’arrête que lorsque la dernière pelletée serait balancée ou la dernière brindille carbonisée. Ce morceau m’aiderait à me lever le matin, à marcher dans la rue en ayant l’air toujours cool et beau.

10.
Et puis finalement, je me demande si le morceau de ma vie, ce ne serait pas plutôt celui-ci. Rôôhhh, j’aime bien aussi. Je fais le rêve que Richard Gotainer redevienne un mentor de la nouvelle scène française et qu’on rigole un peu, que l’on se remette à « baguenauder dans les pâturages » au lieu de faire quoi que ce soit d’autre. Que le baguenaudage devienne un art de bien commun. Décalco obligatoire et Youki pour tous.

11.
Une fois que j’ai relancé la France et que nous allons enfin, tous ensemble dans le bon sens, je fais le rêve que tous les états du sud des States soient peuplés de gens hyper gentils et accueillants et qui puissent élire un homme dont le père n’aurait même pas pu s’évader tranquillement pour écrire ses mémoires d’homme bisé (« brisé », pardon, c’était une couille, pardon, une « coquille »). Ou alors, on ne garde que leur musique qui serait alors chantée sans âme ni talent par des new-yorkais avides de pouvoir et d’argent mais qui au moins élisent un homme dont le père n’aurait même pas pu mourir dignement dans le World Trade Center.

12.
Je fais maintenant le rêve que j’aime le hip-hop et peut-être même le rap alors j’en mets sur mes compils et c’est ma joie.

13.
Je fais un rêve de surf et de guitare et de petits sauts sur place en sur-vêtement, je suis beau (encore ???!!!) et la californie est vraiment un beau pays : ils sont capables de faire prêter serment à un autrichien juste à côté d’un lieu où son grand-père n’aurait même pas pu se faire comprendre en commandant des french fries.

14.
Alors que nous nous approchons du rêve ultime / ou du réveil je ne sais… l’ami Lenny vient me chatouiller les membranes avec cette musique très étrange, très chiadée, cette musique dont je n’arrive pas à me défaire, je suis hypnotisé. Alors que mon père vient seulement d’apprendre que l’on pouvait brancher des guitares sur des amplificateurs à lampe.

15.
Et évidemment, comme dans tout rêve, vient le moment inévitable, le moment que tout le monde attend : le moment érotique. Je fais alors le rêve que les 80’s sont bel et bien éternelles et que jamais les States ne permettront à un noir de prêter serment à un endroit où Kim Wilde n’a jamais fait de concert.
En tout cas, une chose est certaine, j’aime bien rêver de Kim Wilde, parce que les nuits sans Kim Wilde, je m’ennuie souvent. Parfois je me ballade. Ca dépend.
« Laurent ?
_ oui, quoi ?
_ Tu dors ?
_ Oui, pourqoi ?
_ Pour rien.
_ Ah bon d’accord. »

16.
Le réveil est toujours un tantinet douloureux. Sans compter que, évidemment, ce putain de rhube n’est pas passé et je me demande si c’est pas encore pire.

17.
Heureusement la réalité reprend son cours tranquillement et les frangines Deneuve et Dorléac font le rêve qu’elles chantent bien.

De plus, je réalise que évidemment comme tout cela le laissait présager depuis un moment, ce n’était qu’un rêve. Caramba ! Tant pis, l’élection d’un noir aux States sera pour une autre fois. Quel drôle de pays où les noirs ne peuvent toujours pas prêter serment à côté d’un lieu où… Pardon… Ah bon bah très bien alors… Pardon

Matt