Un soir d’été Août24

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Un soir d’été

 

Chope moi

Chez Compilfight, on ne pense pas seulement à ceux qui passent leur été au bord d’une piscine ; on a aussi une bande-son pour les soirées des trimards qui restent en ville. Etape par étape.

1 – Pendant le taf, envoyer des mails pour planifier l’apérobande-son : OK Jazz, tu bois beaucoup
C’est l’été, le vrai, moite et suave; au taf y a pas la clim, donc la journée on dégouline sur son ordi, l’esprit tourné vers la bière en terrasse aussi fixement que celui d’un témoin de Jéhovah vers l’Apocalypse. Et quand vient l’heure, enfin, tu bois beaucoup, tu bois beaucoup, c’est la moindre des choses.
Ce n’est qu’une des innombrables pépites de la compilation Congo – Rumba on the River, éditée par African Pearls. Deux fois Vingt pépites pleines de douceur et de joie, et de l’optimisme qui précède et suit les années de l’indépendance (celles d’avant Mobutu…).

2 – Laisser agir la bière – bande son : Ray Charles, I don’t need no doctor
Lentement mais sûrement, la bière diffuse sa fraîcheur dans le corps, masse doucement les muscles des épaules, purifie les veines des caillots de stress générés par les marchés versatiles et les bureaucraties absurdes. On se détend. I don’t need no doctor, j’ai la bière.
Excellent morceau de Ray Charles déniché sur le blog de Diddy Wah, qui est vraiment un mec cool. L’intro d’école en fait une très bon morceau de dancefloor.

3 – Mater sans vergogne – Bande son : The Dramatics, Beware of the man.
L’été, c’est pléthore de tenues incroyables, de corps travaillés, et d’infinies variations sur l’alliance délicate de la chair et du tissu. Rappelons quand même qu’il a fallu plus de 1000 ans d’un processus de civilisation qui a appris aux hommes et aux femmes à auto-contrôler leurs pulsions pour que l’on puisse aujourd’hui – certes abrité derrière de larges lunettes de soleil – apprécier le défilé en pur esthète.
Bande son : Attention à l’homme sauvage qui rôde en vous ou au coin de la rue… Cette chanson des Dramatics est vraiment parfaitement… dramatique. Et c’est pas donné à tous le monde de bien intégrer un hurlement dans une chanson.

4 – Se distraire des conversations des inconnu(e)s de la table d’à côté. Bande Son : JJFad, You’re going down.
Un bon chambrage entre rappeuses, par une des pionnières du genre (le morceau date de 1988, je l’ai pioché sur la compil Fly Girls de Soul Jazz Records).

5 – Se laisser complètement aller. Bande-son : AC/DC, Let there be rock (Grant Phabao mix)
Au fur et à mesure des tournées, on laisse se diluer par petites touches le vernis de civilisation qui nous protège du chaos. On parle plus fort, on mélange les discussions avec celles de la table d’à côté, on se mate un peu, on prend ses marques.
Si les gars de paris DJ/ Djouls sortent toujours d’excellents podcasts et remix, je ne me suis toujours pas remis de l’écoute de celui-là. Dans l’idée (AC/DC en reggae vénère) comme dans la réalisation, c’est du pur génie.

6, 7, 8 – Discuter, pour le plaisir et pour la suite, avec les inconnu(e)s de la table d’à côté.
La conversation suit son rythme, s’enflamme, ralentit, ré-explose. Chacun joue son rôle, prend son tour, dit sa blague, rit quand il faut : la rythmique est bonne, le flow varié et précis. Au passage on parle cul, pour rappeler le vrai enjeu de la conversation à cette heure ; le sous-texte partagé des  bonnes blagues et bonnes histoires et nouvelles tournées: « I wanna do bad things with you ».
Bande son :
MF Doom, Gazillon years
: extrait du dernier album, toujours aussi virtuose (et superbe artwork en plus, de quoi vous redonner le goût d’acheter des disques).
Jace Everett, I wanna do bad things with you : oui, c’est le générique de True Blood. Je suis complètement accro à ce générique, je peux le regarder plusieurs fois par jour sur YouTube. Je ne sais pas ce qui, dans son efficacité, relève de la musique et des images. Sans doute la parfaite cohérence des deux.
Lulu, dirty old man
: de la bonne soul, simple et émouvante. Trouvé sur Funky 16 Corners.

9 – Aller danser. Sur la piste, initier les appariements nécessaires.
Bande son : Buraka son Sistema, Sound of Kuduro (feat MIA, DJ Znobia). Je sais, Chamayouhou vous a déjà mis un extrait de cet album Black Diamond (Wegue Wegue). Je sais, c’est ce morceau qu’ont choisi les Inrocks comme Vibrations pour leur compile de l’été. Mais c’est une telle leçon de dancefloor – et plus que Wegue Wegue, si je peux me permettre – que je vous le remets un coup. Et le clip est aussi assez scotchant (c’est Rize au Congo).

10, 11 – Raccompagner votre moitié.
En marchant dans la douceur du soir, titubant de concert, en profiter pour discuter sans cuirasse, s’échanger des gentillesses, des petites confidences, des compliments exagérés et un peu de sensualité. C’est toujours ça de pris.
Bande-son :
El Michels Affair, Protect Ya Neck
: l’excellente compil Soul de Seb vous a déjà présenté El Michels Affair : c’est une partie des Dap Kings avec leurs potes (les dap-kings c’est le groupe de Sharon Jones, et accessoirement les musiciens qu’Amy Winehouse lui a piqués pour fabriquer tous ses tubes planétaires). Quand il ne font pas de belles compositions pour les compiles de Seb, ces mecs jouent à reprendre les instrus du Wu-Tang. Si, si. Là c’est le Proteck Ya Neck de Enter the Wu-Tang 36 chambers. D’ailleurs leur album s’appelle… Enter the 37th Chamber.
Clutchy Hopkins and Lord Kenjamin – Brother John
. Déniché par Ubiquity, Clutchy Hopkins est, si j’ai bien compris, un gros ours barbu qui compose ses morceaux tout seul dans sa maison au fin fond d’un état Américain dont on prononce le nom avec un fort accent. C’est très simple, et très beau je trouve.

12 – Se livrer aux ébats. Bande-son : The Whitefield Brothers, Prowlin’.
Du funk lent et rugueux, adapté à la lenteur et la moiteur du soir. Et si 5 minutes 51 c’est pas assez pour vous, et bien passez-le en boucle.

13 – Eviter la Panic Zone. Bande-son : Arabian Prince, Panic Zone
Mais si, c’était bien. Si si, pour moi aussi, j’t’assure. Tu veux une bière ?
Arabian Prince était le quatrième membre de NWA, avec Ice Cube, Dr Dre et Easy E. Pendant que les trois autres devenaient respectivement superstars et mort, Arabian Prince à continué à faire le DJ beau gosse dans les soirée Californienne. Un jour il y a croisé PeanutButterWolf, qui lui a dit « j’te kiffe trop fais une compile pour Stones Throw« , et voilà. Ici un morceau de la fin des années 80, classieux, super ambiance de fin de soirée.

14, 15, 16 – Re-Sortir dans la rue, prendre l’air ou rentrer chez soi. Discuter avec les gens bourrés que vous croisez. A cette heure-ci, les gens parlent toujours, d’une manière ou d’une autre, des femmes, de Dieu et du Diable.
Bande son :
Sister Nancy, Only Woman DJ with Degree – Soeur Nancy vous explique – avec conviction – qu’elle est la seul femme au monde à détenir un diplôme de DJ. Vous la croyez.
Blind Willie McTell, Dark Night Blues. Ca rend triste, des fois, la nuit noire. Pioché dans le très beau livre-disque de R. Crumb sur les pionniers du country-blues.
Bongos Ikwue, Woman made the Devil – C’est moins son sujet ordinairement misogyne, que le fait qu’il nous vienne non pas du Mississipi mais du Nigéria des années 70s, qui donne à ce très beau Blues toute sa saveur.

17 – Ressortir un vieux disque improbable, l’écouter et sombrer.
Bande-son : Liszt, Cziffra – N°2 en ut dièse mineur. ‘tain, c’est beau quand même… rrr…

The Wigga

 

Chope moi