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I Can Haz Hip-Hop ?

Man, can I have hip-hop pleaz ? Parce que bon, si on se contente de la presse et de la blogosphère généraliste, du hip-hop on nous en donne plus beaucoup. En ce moment, le paysage est plutôt dominé par les états d’âmes de jeunes gens blancs de classe moyenne qui jouent de la guitare, soit ; du coup, pour les vieux addicts au beat et au flow, c’est plus si facile de se mettre quelque chose de potable sous la dent. Heureusement on a nos plans, nos dealers réguliers et nos dépanneurs, qui font un travail formidable. Parfois on se réunit le temps d’un concert ; les stars d’hier jouent dans des salles confidentielles, les valeurs montantes se mettent à plusieurs pour les remplir ; on y croise nos semblables, trentenaires à capuches et grosses baskets (enfilées en sortant du boulot), et on communie dans la fraternité instinctive qui réunit les parias.

Certes le hip-hop est moins visible, la dope est souvent un peu coupée ou mal raffinée, mais on trouve encore de la bonne came. Voici donc une compile de hip-hop, que de hip-hop, faite presque uniquement de morceaux sortis en 2009 ou 2010. Test your addiction.

1 – Blacastan – Returning to ‘Nam
2 – Q-Tip – Wont Trade
3 – Blakroc – On The Vista (feat. Mos Def)
4 – DJ Muggs and Ill Bill – Cult Assassin
5 – Soulja Boy – Save Our Community
6 – Diamond District – In the Ruff
7 – The Left – Gas Mask
8 – Blu and exile – Dancing in the Rain
9 – Fashawn – Lupita
10 – Oh No – Hank (feat. LMNO)
11 – Das Racist – People are Strange
12 – 1982 – People are Running
13 – The Niceguys – The Good Sheperd
14 – Sage Francis – Polterzeitgeist
15 – Ghostface Killah – Superstar (feat. Busta Rhymes)
16 – Black Milk – Deadly Medley (feat. Royce da 5’9 and Elzhi)
17 – Grandmaster Flash – We Speak Hip-Hop

Old Timers
D’abord, on peut encore compter sur certains des vieux de la vieille. D’accord, une partie d’entre eux ont sorti en 2010 des albums un peu mou du genou (Ice Cube) ou un peu chiant (KRS one) ; certains espoirs nous ont décu avec des albums au son très mainstream (Cee-Lo), sans doute angoissés de ne jamais voir venir le succès grand public qui était promis à leurs aînés. Mais il reste des valeurs sûres : en 2009, on a vu qu’on pouvait toujours compter sur Q-Tip, dont l’album The Renaissance sonne déjà comme un classique. Il fait d’ailleurs un featuring excellent sur l’album Blakroc, qui réunit des rappeurs (Raekwon, Nicole Wray, Billy Danze, RZA, Q-Tip, et ici Mos Def) et les musiciens hard blues des Blacks Keys, pour un son parfait. En 2010, outre The Roots et Big Boi, largement  chroniqués, notons une très bonne livraison plus confidentielle de DJ Muggs, ancien de Cypress Hill, allié avec Ill Bill pour un album bien dark et barré.

(à propos d’old-timers, eminem n’est pas mort non plus, et il sait encore rapper).

Superstars
Par contre les superstars du rap sont pour l’essentiel perdues pour la cause. Comme moi, vous avez peut être été intrigués par les notes critiques de l’album de Kanye West : 10/10 dans Pichtfork, 5/5 dans technikart, 4/4 dans les inrocks, etc. Le très bon élève a eu la note max chez tous les juges. Et pourtant, à chaque fois qu’on lit les critiques, c’est à peu près le même plan : “Kanye West veut être le génie de la pop et le successeur de Michael Jackson, le nouveau passeur de la musique black ; ses prods sont absolument parfaites et inventives ; donc force est de lui reconnaître le statut auquel il prétend”. Jamais, à aucun moment, les critiques ne disent qu’ils ont kiffé la musique. On les sent comme des profs obligés de mettre une super note au fayot du premier rang.
Moi je me suis fais avoir pareil. J’ai acheté le disque. J’ai été obligé de reconnaître la qualité. A la deuxième écoute, je me suis dit : oui mais quand même c’est chiant, en fait je vais pas le mettre dans la prochaine compil. Tant qu’à mettre des stars, je prendrai ce morceau de la mixtape récente de Soulja Boy : roi de l’autopromo sur twitter, il est aussi le maître de la coolitude du flow. En plus en termes de quota ça fait un représentant du son dirty south, qui représente le gros de la production du moment, pour l’essentiel très dispensable.

West Coast
En Californie, Stones Throw continue bien sûr à délivrer au kilomètres des super prod, mais les rappeurs ne sont pas toujours très inspirés (cf la dernière livraison décevante de Guilty Simpson sur des instrus de Madlib) ; du coup j’ai pioché ici (en 10) un truc un peu plus ancien (2006), une prod classieuse de Oh No avec le rappeur LMNO (Leave My Name Out – Ok Dude). West Coast toujours, le producteur Exile, ancien d’Emanon, est responsable de deux des meilleurs albums des trois dernières années : celui de Blu en 2007, celui de Fashawn en 2009 (pistes 8 et 9). C’est peut être une question de génération, mais pour moi ce type de prod est irrésistible, un peu vintage, particulièrement adaptée pour mettre en valeur les flows subtils, doux, engagés et mélancoliques des deux rappeurs.

Detroit
Clairement il se passe un truc à Detroit, où un vivier de brillants producteurs (Black Milk, Appolo Brown)  suscitent la vocation et magnifient le talent d’excellents rappeuses et rappeurs (The Left, Boog Brown, Royce da 5’9, Guilty Simpson, et plein d’autres qu’on connaît pas). Black Milk est un ancien collaborateur de Slum Village, il sort en 2010 son 5ème album, plein de prod riches et virtuoses, et de featuring de vrais rappeurs qui crachent (ici Royce da 5’9, piste 16). Même si Black Milk a sobrement intitulé son disque “Album of the Year”, à mon avis ce titre revient plutôt au “Gas Mask” du groupe The Left. On y retrouve Appolo Brown aux manettes, pour un chef d’oeuvre de hip-hop classique : plusieurs couches de belles instrus pas cramées, issues de trucs souls vintage, des lyrics moitié engagées, moitié trash-talking, et un album en équilibre parfait. Longtemps, plusieurs pistes de l’album de Boog Brown, produit par Appolo Brown également, ont été en lice pour la sélection, et puis ça aurait fait le quota féminin d’un genre quand même encore un tout petit peu dominé par les hommes. Pour compenser je lui ai emprunté la pochette de sa très bonne mixtape.

East Coast
A l’Est aussi plein de petites scènes sortent des beaux trucs. Paradoxalement peu de NYC dans cette liste ; plutôt du Boston, avec le groupe 1982 (leur date de naissance), qui a un joli flow, parfois doux, parfois vénère (piste 12), et Blacastan, très prometteur (piste 1). Diamond District, de Washington DC, fait du rap tendu, un peu angoissé et angoissant (piste 6).

Les bizarres
Miss Lansky vous a rappelé récemment l’existence de Sage Francis et de son petit bijou de 2005, Sea Lion ; hé ben Sage Francis continue tranquillement sa li(f)e (titre de son album de 2010), et sort des albums de rap conscient et néanmoins très mélodique (piste 14 – un titre qui s’appelle « polterzeitgeist » et qui parle de “moral midgets” ne peut qu’être excellent). Das Racist gagne de son côté, haut la main, l’oscar de l’album le plus barré de l’année (en plus c’est gratuit) ; le concept : trois mecs qui font n’importe quoi, mais qui font n’importe quoi sur des prods de malades.

Pour la fin on redonne la main aux vieux. En 15, Ghostface fait tranquillement ce qu’il fait le mieux : il prend des vieux tubes un peu cramés, les décompose, et rappe dessus avec ses potes du Wu-Tang (ou ici avec Busta Rhymes). C’est un peu facile, mais c’est toujours très bien fait, et ça paye les impôts. Enfin l’année dernière le Grandmaster Flash, entre deux séances de promo de DJ Hero, a sorti un album assez extra, qui parcourait en une quinzaine de morceaux l’histoire des styles de la production de hip-hop. Le meilleur morceau de l’album est sans conteste ni surprise celui avec Q-Tip; mais j’ai un petit faible pour celui-là, son antienne un peu naïve de l’art qui fait communiquer les classes et les peuples, et chaque fois que je l’entends je marmonne en choeur : “We speak hip-hop”.

The Wigga

 

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