Du métal, des cheveux et trois boîtes de Doliprane, par Big GG Ice Juil02

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Du métal, des cheveux et trois boîtes de Doliprane, par Big GG Ice

Nous gardons tous en nous des traces de notre adolescence. Certaines sont plus faciles à assumer que d’autres. Souvent d’ailleurs elles restent enfouies en nous, mais parfois elles refont surface. En tout cas, avoir été fan de Hard Rock dans les années 90 ça vous marque à vie. Un riff, un cri bien rauque et on est reparti. C’est ça le Métal. Métal, Heavy Metal, Trash Metal, Hard Rock… on ne va pas commencer à ergoter. Là n’est pas l’essentiel. L’essentiel c’est d’abord une bonne grosse guitare. Le reste n’a pas trop d’importance. On peut agrémenter avec de la basse et de la batterie (avec double grosse caisse si possible), c’est quand même mieux. Mais un groupe de Hard se reconnaît d’abord à ses riffs et à sa, ou plutôt ses, guitares. Autre point essentiel, il faut que les mecs (presque toujours des mecs d’ailleurs) aient les cheveux longs. C’est comme ça. Dans un concert de hard on ne va pas voir des musiciens, on va voir une bande de têtes chevelues, qui jouent devant des têtes chevelues. Dans l’idéal on ne voit pas les visages. Dernier élément essentiel, il faut que quelque part, dans les paroles, au moins sur la pochette, ça parle de mort, de souffrance, de guerres ou de trucs dégueus. Essayez de trouver une seule chanson d’amour chez Napalm Death… Le Doliprane c’est pour les âmes sensibles, pour qu’elles ne soient pas obligées de s’abstenir.

1.    Megadeth – Into the lungs of Hell. Le titre annonce la couleur. Véritable ouverture wagnérienne écrite au chalumeau et à la tronçonneuse. Ici, pas de fioritures, on va à l’essentiel : pas de chant, que de la guitare… De toute façon le chant ça sert à rien. Surtout que quand les mecs hurlent, ou chantent super grave, on ne comprend pas trop les paroles.
Ce que veut un fan de Hard Rock, c’est des bons gros riffs et bouger la tête très vite. Bouger la tête, faire du « headbanging », sorte de danse primale, dont le but n’est pas vraiment esthétique. Non, les chorégraphies du headbanger découlent de contraintes très pratiques : dans les concerts, la tête c’est souvent la seule chose qu’on peut bouger. Pour que ça marche bien, il faut avoir des cheveux, beaucoup de cheveux. C’est pour ça que la plupart de métaleux en ont, des cheveux. Voilà donc le nerf de la guerre : de la guitare et des cheveux. Les groupes de Heavy Metal ont ainsi souvent l’habitude de proposer des morceaux uniquement instrumentaux dans leurs albums, ou à minima de longs passages instrumentaux dans les chansons. Du coup, les chansons font rarement moins de 5 minutes. C’est même un moyen facile pour distinguer les bons des mauvais morceaux. Au passage on notera la finesse du jeu du batteur : il bourrine sur les cymbales dès qu’il en a l’occasion.

2.    Metallica – Creeping Death. Véritable hymne du Heavy Metal, Creeping Death c’était l’époque où James Hetfield (le chanteur de Metallica) avait encore la voix en train de muer.

3.    Black Sabbath – Pig Wars. Il y a toujours un moment où ça fait cool de dire qu’on revient aux origines d’un style ou d’un courant musical. Là c’est surtout que War Pigs c’est vraiment une chanson mortelle. Bon OK, elle dure 3 plombes, mais comme ça on l’écoute qu’une seule fois et ça suffit. De toute façon, les chansons de Métal durent toujours 3 plombes et c’est très bien comme ça. C’est Miles Davis qui a inventé ce principe la décennie précédente : un riff qui tourne et c’est parti pour 40 minutes. Qu’on le veuille ou non, le Métal c’est d’abord une musique contemplative et planante, sous stéroïdes.

4.    Yngwie Malmsteen – Trilogy Suite op5. Si Richard Clayderman avait fait du Métal, il se serait sûrement appelé Yngwie Malmsteen. On ne le dira jamais assez, la guitare joue un rôle central dans le Métal. Cela peut paraître évident, mais il faut bien en comprendre toutes les implications. Par exemple, quand il s’agit de déterminer quel est le meilleur groupe de Hard du monde (oui c’est vraiment une question essentielle), le guitariste prend forcément une place importante dans la note globale. Et comme il faut bien trouver un critère pour dire qui est le meilleur guitariste (et que les fans sont très subtils) hé ben la rapidité c’est le meilleur critère. Donc, quand on aime le Métal, Yngwie Malmsteen force le respect, parce qu’il est rapide. Un respect un peu dubitatif certes, on n’écouterait pas ça tout le temps. Mais surtout on ne dit pas que c’est un peu ridicule sur les bords, parce que quand même, le mec, il joue du Bach à la guitare et surtout… il le joue très vite ! Et alors quand il y a du chant… Bref, c’est toujours intéressant de savoir que ça existe. Et puis merde quoi, qu’est-ce qu’il joue vite, c’est trop mortel quoi !!!!

5.    Iron Maiden – The Number of the Beast. Iron Maiden, c’est 5 têtes improbables avec beaucoup de cheveux et des textes très pointus sur des sujets profonds (le 7e fils du 7e fils, le nombre 666, les tueurs en série, des bêtes bizarres et toute sorte d’histoires de malédictions…). De toute façon, les textes de Métal sont toujours très recherchés et les chanteurs sont de vrais intellectuels qui savent aussi bien manier la plume que dresser leur majeur. Il y a ceux qui brodent sur les thèmes « la vie, la mort, la souffrance en ce bas monde qu’est vraiment glauque », il y a ceux qui sont un peu plus lyriques (à la Maiden) « la vie, la mort, la souffrance en ce bas monde, c’est pas étonnant c’est parce que le diable s’est réincarné dans un tueur en série, il est revenu parmi nous avec ses démons et va nous brûler les orteils », il y a les plus politiques « la vie, la mort, la souffrance en ce bas monde qu’est vraiment glauque et c’est la faute des gouvernements, des dirigeants, des dictateurs etc. » et il y a les bien dégueus « la vie, la mort, la souffrance en ce bas monde qu’est vraiment glauque, notamment parce que je vais te bouffer les entrailles après t’avoir trépané » où de toute façon on comprend rien parce que le chanteur a une voix super caverneuse. On appelle ça le « Grunt », le « Growl » mais il y a aussi le « Pig Squeal ». Ces gens sont de vrais techniciens méconnus et méconsidérés, alors que ce sont de simples poètes qui ont forgé les outils à mêmes de décrire leur univers intérieur.

6.    Trust – Police Milice. Ouais quoi, c’est pas du Heavy Metal ? C’est du punk alors ? En même temps quand on écoute le bon gros riff du début on peut douter. Et puis on s’en tape, ce qui compte, c’est que ça envoie et que ça balance sur les flics. Parfois Trust c’est un peu comme du Renaud mais avec plus de couilles.

7.    Gun’s and Roses – My Michelle. Quand on aime le Métal, d’habitude on dit qu’on DETESTE les Gun’s, que c’est un groupe de gonzesses, que c’est de la soupe commerciale. La preuve, même Cynthia et Sandrine en 5eB elles adoraient. Mais il est quand même de bon ton d’ajouter que dans Appetite For Destruction (leur deuxième album) « quand même il y avait des trucs mortels ». Mais en secret, on aimait bien les Gun’s, en fait. Et puis ils ont les cheveux longs et il y a des squelettes et une fille qui se fait violer par un robot (oui oui) sur la pochette de l’album, alors ça va.

8.    Soundgarden – Let Me Drown. Les groupes de grunge n’ont pas oublié que le plus important dans la vie c’est d’avoir les cheveux longs, une bonne grosse guitare et des thèmes de chanson un peu bizarres.

9.    Alice In Chains – Damn That River. « I drowned you in the lake […] I kick you in the face […] i hit you with a rake, you piss upon my candle ».

10.    Nirvana – Territorial Pissing. Nirvana c’est un peu la même histoire que les Gun’s, c’est « commercial », c’est ptêtre même pire… à voir. Mais quand même, Territorial Pissing ça fait du bien. On est là pour se faire plaisir.

11.    Suicidal Tendencies – Monopoly On Sorrow. La chanson est une référence à la fameuse phrase de Giscard. Quand je vous dis qu’il y a des intellos dans ce monde de brutes. C’est aussi la chanson où on a le plus fait « rewind » pour réécouter cette accélération mythique autour de 3 »40.

12.    Faith No More – Surprise You’re Dead. Faith No More c’est un groupe un peu bizarre. Une sorte de groupe de Hard qui fait du Hard au second degré. Ils alternent entre les gros riffs bien lourds et les chansons avec du synthé. Ne pas oublier de reprendre deux Dolipranes parce que là on c’est fini les chansons « commerciales ».

13.    Slayer – Raining Blood. Back to basics. Des cris, de la de la double grosse caisse, des riffs à 300km/H… et encore deux Dolipranes.

14.    Pantera – Mouth Of War. Les concepteurs de pochettes d’albums font parfois preuve d’une grande subtilité. Une chanson de Pantera ça fait un peu l’effet d’un poing dans la gueule. Et c’est ça qu’est bon.

15.    Sepultura – Chaos A.D. Deux Dolipranes pour les âmes sensibles.

16.    Megadeth – Tornado Of Souls. Oui oui encore Megadeth. On aurait pu en profiter pour mettre d’autres groupes, mais en fait non. Cette chanson est probablement la meilleure de Megadeth et un idéal type de la chanson de Metal. 5 minutes 16 de guitare à fond la caisse, de double grosse caisse, de riffs enflammés, un texte torturé et des mises en place à faire pâlir les meilleurs groupes de Jazz Rock.

17.    Metallica – The Call of Ktulu. Ça finit comme ça commence. De la guitare, de la guitare, de la guitare… Les métaleux sont souvent admiratifs des chansons de Metallica, parce qu’elles sont plus « subtiles » que la moyenne. Sérieusement. The Call of Ktulu c’est comme un poème symphonique, avec une grosse disto, la poésie d’un cimetière et la finesse d’un mamouth.

Tout album de métal qui se respecte a une chanson cachée, généralement plusieurs minutes après la fin de la dernière chanson, histoire de surprendre l’auditeur distrait qui se serait laissé bercer par le doux silence qui emplit délicatement ses oreilles après un moment assez intense et épique dédié aux guitares saturées. Et là c’est toujours par surprise, qu’on lui assène la chanson la plus violente de tout l’album. Pour ne pas déroger à cette règle, en voici un beau morceau, sorte de haïku sonore, aussi pénétrant que fulgurant… le groupe, dont le nom est un poème en lui-même (Intestinal Disgorge – Rectum Grinder) a le don d’emplir l’espace sonore avec efficacité et de transmettre son art de façon efficace et heureusement courte. A défaut de passer un moment agréable, on jettera alors un regard différent sur les chansons précédentes.