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The Story of Apollo and Adrian

C’est l’histoire de deux gars qui aimaient tellement la même musique qu’ils ont fini par faire le même disque – littéralement.


A première vue pourtant, Apollo Brown et Adrian Younge ont peu de choses en commun. Le premier grandit dans le Michigan, porte des T-shirts large, hoodies et casquettes; quand il pose pour une photo, c’est devant un mur de brique ou une friche industrielle de sa bonne ville de Detroit. Le second est est né and raised à San Francisco ; le plus souvent habillé en costume trois pièces et noeud papillon – parfois rehaussés d’un chapeau, ses codes sont ceux de l’artiste jazz d’avant garde du centre ville cool et intello.

Mais l’un et l’autre professent un amour immodéré de la musique soul. Pour Apollo c’est la musique soul, toute la musique soul qu’on peut trouver, toute celle qui a été mise sur vinyle un jour et qu’on peut digger quelque part ; pour Adrian, toujours un peu plus snob, c’est “essentiellement la musique soul produite entre 1968 et 1973”. Apollo recherche sans relâche des pépites qu’il retravaille et édite sur des albums, tandis qu’Adrian va rechercher ses chanteurs fétiches, comme William Hart des Delfonics, pour leur faire faire de nouveaux albums.

1 – Apollo Brown – Sounds of Guns
2 – Adrian Younge, – First Step on the Moon
3 – Adrian Younge, The Delfonics – Ennemies

Apollo et Adrian ont d’ailleurs développé le même hobby : ils fabriquent des vraies bandes originales de faux films de blaxploitation; des musiques émouvantes et dramatiques qui accompagneraient joliment des histoires qui n’existent pas. Adrian a ainsi produit Something About April (1 et 2) et Black Dynamite, Apollo le film Thirty Eight.

 

4 – Adrian Younge – Jimmy’s Dead
5 – Apollo Brown – The Laughter Faded

Naturellement, tous les deux créent des instrus pour des albums de rap. Ils partagent un penchant pour les prod un peu vintage bourrées de samples, le léger pitching des voix féminines, les boucles vocales coupées au milieu du mot ; ils collaborent volontiers avec des vieilles gloires des décennies précédentes. Apollo Brown a produit pour Rass Kass, Rapper Big Pooh, Planet Asia, Skyzoo, Guilty Simpson ; Adrian Younge a réalisé un nouvel album des Souls of Mischief.

6 – Adrian Younge, Souls of Mischief – There is Only Now
7 – Apollo Brown, MED, Rapper Big Pooh – Turn & Run

Il était écrit que les deux finiraient par se rencontrer sur un disque. L’histoire serait la suivante, d’après mes souvenirs des rumeurs internet (“print the legend”, comme disait l’autre).
Un jour de 2013, le grand Ghostface Killah est allé voir Adrian Younge pour lui demander de faire les instrus de son album “Twelve Reasons to Die”, un album-qui-pourrait-être-un-film qui raconterait une histoire de guerre entre deux familles sur fond de samples souls déchirants ; Adrian accepte immédiatement. Le projet réunit tout ce que Adrian et Apollo ont développé au cours de leurs carrières, chacun de leur côté de l’Amérique : des chansons-films, de la soul, une légende du hip-hop de la grande époque. Alors que l’album est sur le point de sortir, Apollo apprend l’existence du projet, appelle Ghostface et le supplie supplie supplie de lui laisser en faire une production. Grand seigneur, Ghostface lui envoie les pistes vocales, sur lesquelles Appollo s’appuie pour concocter sa version de l’album.
Il existe donc deux versions du même disque, faites avec les mêmes pistes vocales: l’album “12 Reasons to Die”, produit par Adrian, et “Twelve Reasons to Die – The Brown Tape”, d’Apollo. On peut, à loisir, comparer les talents de producteur des deux bonhommes, chanson par chanson. J’y ai passé de longues heures.

8 – Apollo Brown, Ghostface Killah, Masta Killa – I Declare War
9 – Adrian Younge, Ghostface Killah, Masta Killah – I Declare War

Sur I Declare War, même si l’intro d’Apollo est très bien avec le sample vocal bien dramatique, je penche pour celle d’Adrian, pour la montée très progressive, la voix féminine haut perchée, puis la guitare, les choeurs en arrière-plan, enfin le petit orgue, c’est parfait.

10 – Adrian Younge, Ghostface Killah – Rise of the Black Suits
11 – Apollo Brown, Ghostface Killah – Rise of the Black Suits

Ici je mets une pièce sur Apollo, pour le sample d’intro à la Wu-Tang, et l’instru guitare tout en retenue, installée sur la grosse basse, qui l’emportent dans mon coeur sur les pourtant très entêtantes notes de piano d’Adrian.

12 – Adrian Younge, Ghostface Killah, Cappadonna – The Center of Attraction
13 – Apollo Brown, Ghostface Killah, Cappadonna – The Center of Attraction

Bon, égalité, tout le monde a gagné.

Après cette rencontre par piste vocales interposées, les deux gars sont retournés à leurs amours. Adrian a produit une BO pour de vrai, pour la série Luke Cage, et des albums qui oscillent entre musique expérimentale et soul vintage un peu coulante. Apollo produit des disques de rap impeccables qui rendent justice aux talents de toute les générations de rappeurs (ici M.O.P. et Rass Kass au sommet).

14 – Adrian Younge, Ali Shaheed Muhammad – Bullet Proof Love (from “Luke Cage”)
15 – Apollo Brown, M.O.P. – Detonate
16 – Apollo Brown, Rass Kass – Blasphemy
17 – Adrian Younge, Karolina – Feel Alive

Vivement le prochain duel.